Histoire de Sète

Les portraits ( Ph. Raybaud ) Jean Vilar

Jean Vilar : Ce Sétois créateur du Festival d' Avignon.

 Jean Vilar ( 1912 – 1971 ), acteur et metteur en scène né et décédé à Sète, est une grande figure du théâtre français. C' est un véritable moraliste du théâtre, et il pense avant tout au public populaire en modernisant la mise en scène de grands classiques avec un sens inné de son rôle d'acteur. Il reste toujours  une référence dans le monde de la culture d'aujourd'hui. 

Ses parents sont des commerçants sétois, Jean Vilar découvre le théâtre lorsqu'il a vingt ans. Il assiste à une répétition dirigée par Charles Dullin. Il se nourrit de ses passions que sont la littérature et la musique et se dirige tout naturellement vers l'art dramatique. Jean Vilar se forme au théâtre de l'Atelier, à Paris, auprès de Dullin, et rejoint en 1941 la compagnie de la Roulotte. En 1942, sa première mise en scène, la Danse de mort de Strindberg – dont il est le principal interprète –, révèle un style neuf, fait d'austérité et de référence antérieures. C'est au cours de l'année 1943 que Jean Vilar crée la " compagnie des sept." 

En 1947, après avoir tourné pour Marcel Carné " Les portes de la nuit ", il se voit proposer par René Char, l'animation d'une semaine d'art dramatique en Avignon. Pour cet évènement, Vilar monte une pièce de Shakespeare " Richard II ". Le spectacle n'a que peu de succès. Mais le lieu magique de la cour d'honneur du palais des Papes fait son œuvre, et le Sétois conquis par la puissance que dégage ce lieu crée " le festival d'Avignon ". Jean Vilar en fait un des rendez-vous culturels les plus importants  de  cette seconde partie du XXe siècle. Gérard Philippe contribue amplement au succès de cet évènement annuel en jouant " le Cid " de Corneille en 1951 et " Lorenzaccio " d'Alfred de Musset  en 1953. Ce qui donne à cette manifestation un élan historique.

En 1951, Jean Vilar prend la direction du TNP ( théâtre National Populaire ) à Paris au palais de Chaillot. Le style du metteur en scène, pas de décor, rideaux noirs, jeu centré sur la force du texte et appuyé sur l'immensité de l'espace, change de façon marquante avec la mode du moment. Mais, pour lui, cette approche exigeante du théâtre n'est pas incompatible avec le grand public. Au-delà de son activité d'artiste, il entreprend donc de mettre en place une possibilité d'ouvrir le théâtre aux classes les moins favorisées. Ainsi, au TNP tout particulièrement, les conditions de réservation des places, d'accueil et de placement dans la salle favorisent la venue de personnes peu fortunées. Le public répond présent dès la première saison. De nombreuses pièces sont à l'affiche , Jean Vilar fait découvrir Shakespeare (Richard III, Othello), Molière (Don Juan), Kleist (le Prince de Hombourg), T. S. Eliot (Meurtre dans la cathédrale) et Brecht (mère Courage et ses enfants, la Résistible Ascension d'Arturo Ui) à un nouveau public.

 

Et toujours avec cette soif de partage, il ouvre le Festival d'Avignon à la danse, avec Maurice Béjart (qui donne avec sa compagnie, le Ballet du XXe siècle, Messe pour le temps présent, 1967), et au cinéma, avec Jean-Luc Godard (qui présente en première mondiale le film la Chinoise). 

Mais Jean Vilar n'obtient pas les subventions qu'il juge nécessaires, il démissionne du TNP en 1963. Il garde la direction du Festival d'Avignon jusqu'en 1970, année de création du festival « off », avant de mourir l'année suivante dans sa ville natale. Il repose au cimetière marin, non loin de Paul Valéry, le grand poète sétois. 

Promoteur de la culture populaire, Vilar est l'homme de théâtre qui, en France, portera le plus loin l'idée d'un art accessible au plus grand nombre. Si son soutien aux auteurs contemporains n'a pas le retentissement qu'obtiennent ses mises en scène de textes classiques, Vilar réussit tout de même à renouveler considérablement le public grâce à ses contacts avec le milieu enseignant. Ce prodigieux chef de troupe, à l'allure quelque peu sévère et à la voix grave, reste, par son action, une référence capitale dans le théâtre moderne. 

Philippe Raybaud

1795, année noire à Sète.

 

Pain, Le Fil, Les Miettes, La Pauvreté

 

Fin 1795,début 1796 (frimaire-nivose dans le calendrier révolutionnaire), Sète connut une terrible crise de subsistances. Des causes générales (mauvaise récolte) et des causes particulières (mauvaise saison, situation de la ville) se conjuguèrent pour provoquer un manque de grains, donc de farine et de pain. Quoiqu'ils en pensaient, les magistrats du Conseil général en vinrent à utiliser des moyens illégaux.

 

Selon l'Histoire de Sète (Privat, 1988), la récolte de 1795 fut une des plus mauvaises du XVIIIè siècle. L'examen des archives des déclarations municipales de l'époque indique que, pendant toute l'année 1795, la peur de manquer de grains avait été constante et qu'un certain rationnement avait été mis en place. Et la récolte annuelle du terroir de Sète n'était que de 400 qx, quantité à peine suffisante pour une consommation hebdomadaire. Les membres de la municipalité souligneront à maintes reprises que la commune devait prévoir la subsistance de 9 000 âmes, des étrangers fréquentant journellement la commune, des marins des bâtiments dans le port et tous ceux qui œuvraient à l'acheminement des fourrages et autres denrées pour l'armée des Pyrénées orientales.

De plus, la mauvaise saison complique encore le problème. Pour moudre le grain, il faut le transporter par mer à Agde. Mais si le fleuve déborde, il est impossible d'entrer dans "la rivière Hérault". Ceci est arrivé en frimaire (novembre 1795) et mi-nivose (décembre 1795).

 

A la fin de ce troisième mois de l'année républicaine, la "Commune de Cette" attend le retour de la barque du citoyen Biron. La municipalité semble avoir épuisé "tous les moyens que la sagesse suggère". Elle a emprunté au "Munitionnaire" (sans doute une structure militaire), elle a emprunté au Bureau de la Marine, elle a tenté de se procurer, par Lunel, les grains destinés à la Lozère. Surtout, elle a mis la main sur 1 900 "qx bleds", cargaison du brick gênois La Conception,capitaine Boubon. Non sans états d'âme et moultes délibérations. Le 5 nivose, un membre du Conseil interpelle la municipalité : "Citoyens, la famine menace la commune, à peine avons-nous dans nos magasins des farines pour fournir à la distribution demain." Famine, le mot est lâché par le membre du Conseil général devant qui est agité le spectre de l'émeute. "Le peuple, effrayé par la famine cette calamité affreuse, pourrait se livrer à des excès qu'il serait difficile de corriger et dont les effets paralysent les autorités…" L'orateur a sans doute vu juste. Car cela fait un an que les Sétois doivent se contenter d'une livre de pain par jour et par personne environ 400 grammes) et que, pour le reste, ils devaient se contenter de cette mystérieuse substance que Victor Hugo nomme "la vache enragée".

 

Et le Conseil s'inquiétait d'autant plus que, depuis 4 mois, il négociait à Marseille pour un arrivage important de 8 000 qx. Mais, malgré l'envoi de députations successives, l'affaire traînait. Le pactole marseillais ne semblait prêt à se déverser sur la Commune de Cette. Mais c'est une autre histoire.

Hervé Le Blanche

L'Histoire du port de commerce de Sète. Par "Histoire de Sète"

 L'Histoire du port de commerce de Sète en vidéo.

Créé en 1666 par la volonté de Louis XIV, le port de Sète et au cœur de la ville. Les activités portuaires sont très variées: le commerce des oranges, du sel, de la morue, du charbon, des minerais, des bitumes d’Angleterre, de la laine, des céréalquipés de grandes cuves, provoquera une grave crise...................

Poursuivre sur : https://www.youtube.com/watch?v=V_1Fqc_zv-Q

JOSEPH-BARTHÉLÉMY DE RICARD : CE SÉTOIS OFFICIER DES TROUPES NAPOLÉONIENNES.

Joseph-Barthélémy de Ricard : Ce sétois officier des troupes napoléoniennes.

 Le portrait de la semaine par Philippe Raybaud. 

Joseph-Barthélemy-Honoré-Louis-Amable de Ricard nait dans la l'île singulière en 1787, et décède en 1867. Ce militaire français est officier des troupes napoléoniennes puis il est nommé général durant le règne de Louis – Philippe 1er

C'est en 1806 que le jeune Louis-Barthélémy rejoint l'école militaire de Fontainebleau obtenant la même année le brevet de sous-lieutenant. Il est incorporé au 4e régiment des chasseurs à cheval, situé dans le royaume de Naples. Cette situation de paix ne lui convient pas et demande alors à rejoindre une unité combattante. Il est alors muté dans une autre unité et fait alors la campagne d'Espagne entre 1808 et 1810. 

Ses cousins, neveux de Joseph Bonaparte roi d'Espagne, lui offrent la possibilité de rejoindre l'armée espagnole, il refuse et est élevé au grade de lieutenant et devient aide de camp du général Barbou des Courières. 

Nommé capitaine en 1813, il participe aux campagnes de Russie, d'Allemagne et de France de 1813 à 1814, puis est mis en disponibilité.

 

Lors des 100 jours, le retour de Napoléon 1 ier, Il est affecté dans un  régiment de hussards et doit rejoindre Waterloo. Mais la déroute le force à rejoindre les bases de cette unité. En 1818 c'est sur sa demande qu'il part à la Martinique comme adjoint du gouverneur. Il deviendra par la suite lieutenant-colonel puis colonel du 5e régiment d'infanterie légère. 

Décoré en 1815, il reçoit la croix de Saint-Louis en 1822 et la croix d’officier en 1836. Nommé général de brigade le 20 avril 1845 et commandeur de la Légion d'honneur, il est placé à la tête d'une brigade d’infanterie de la garnison de Paris. Commandant de l'école militaire de Saint-Cyr de 1846 à 1849, il sera par la suite nommé aide de camp de Jérôme Bonaparte qui a été nommé en 1848 gouverneur général des Invalides ; le général de Ricard est fait grand officier de la Légion d'honneur par décret du 10 janvier 1855.

Philippe Raybaud.

La Société d’Etudes Scientifiques de Sète et sa Région poursuit ses publications

La Société d’Etudes Scientifiques de Sète et sa Région a été fondée à Sète en octobre 1963 (association à but non lucratif régie par la loi du 1er Juillet 1901, déclarée à la Préfecture de Montpellier le 6 Mars 1963 sous le n° 04271 – J.O du 23 Mars 1963), par un groupe d’archéologues, scientifiques, chercheurs et amateurs passionnés d’histoire.

Longtemps rythmée par de nombreuses campagnes de fouilles archéologiques, notamment celles entreprises au Barrou, elle s’est, par la suite, davantage axéesur l’histoire et la mise en valeur du patrimoine pour devenir en 1994 la Société d’Etudes Historiques et Scientifiques de Sète et sa Région.Sous cette appellation un peu sévère il est vrai, se cache une association ayant pour vocation essentielle l’étude et la vulgarisation du patrimoine archéologique et historique de la ville, en assurant une recherche permanente et dynamique dans ces deux domaines, à Sète et tout autour du bassin de Thau.

La découvrir et accéder à ses publications sur : https://histoiredesete.fr/

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Des « Sétois » au Moyen-Âge.

Après l’effacement de l’empire romain d’Occident (Vè siècle après J.-C.), les documents manquent pour affirmer, dans l’ « Île », la présence d’habitants. Ce n’est qu’au IXè siècle, sous les successeurs de Charlemagne que l’obscurité se dissipe quelque peu. Et l’emplacement de ces anciens témoignages est toujours présent dans notre ville.

L’empire romain écroulé, ce qui deviendra le Languedoc eut une histoire tourmentée : il connut la domination wisigothique de 460 aux environs de 720, un intermède arabe, les raids du roi des Francs Charles Martel qui fut surnommé ainsi – le marteau – après ses interventions dans le Midi : prise de Narbonne en 738, pillage d’Agde et de Béziers, destruction de Maguelone… Que fut le devenir des gens de « Sète » durant ces siècles tragiques et obscurs ?

Les environs du mont Saint Clair sont-ils sortis de l’Histoire et sont-ils restés inhabités ou n’ont-ils connu qu’une population saisonnière ? Ont-ils servi de refuge ?

Après tout, perdu entre le ciel et les eaux, d’accès difficile, le mont aurait pu s’y prêter. Sous réserve de nouvelles trouvailles archéologiques, nous ignorons tout de la vie de « Sète » jusqu’au IXème siècle. Les auteurs de L’Histoire de Sète semblent penser qu’une certaine population s’est maintenue, vivant des ressources du milieu. Quoi qu’il en soit, ensuite, les textes carolingiens attestent d’une présence humaine au voisinage du mont Saint Clair.

En ces temps reculés, Sète était un domaine de l’abbaye de Saint Sauveur d’Aniane qui avait aussi des possessions près de Mauguio. D’après le diplôme délivré par le fils de Charlemagne en 837, on se livrait à différentes sortes de pêche, on exploitait les bois et cultivait des terres, au sein de quelques domaines ruraux au pied du mont Saint Clair, là où les alluvions ont formé une plaine qui deviendra celle des Métairies. Pas de grands domaines, ni encore de village. Tout au plus se préoccupe-t-on, sans doute, de fournir un lieu de culte. Mais ce qui a été, peut-être, la plus ancienne église de Sète a été consacrée au XIIè siècle (1146).

Elle était dédiée à saint Dié, martyr en Cappadoce et vénéré spécialement le 12 juillet à un moment où Saint Clair était inconnu. D’après certaines traditions, la pierre de l’autel contenant les reliques du saint aurait fait un voyage mouvementé, en particulier sur l’étang de Thau. Cette église était implantée près d’une source, à l’entrée du chemin dit de la croix de Marcenac qui monte vers Saint Clair en croisant le chemin de l’Anglore et rejoint le chemin de la Craque. Aujourd’hui, une croix marque toujours cet emplacement près du croisement avec le boulevard Camille Blanc. Cette croix date de 1783 quand la vieille église Saint Dié était devenue l’église Saint Joseph et que le cimetière fut déplacé au Barrou.

Cette croix était voisine de la métairie Grenier ; croix Grenier, elle prit le nom de Marcenac, un propriétaire voisin. Dans notre pays d’ancienne Histoire, la croix de Marcenac, près d’un boulevard à l’intense circulation automobile, témoigne d’une implantation médiévale.

 

Hervé Le Blanche

Sète sous l'empire romain.

Sète sous l'empire romain.

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D'après les données dont nous pouvons disposer, le site de Sète reste inoccupé entre la fin de l'âge du Bronze (800 av. J.-C.) et la période de l'empire romain (Ier-Vè siècles apr. J.-C.). Tout au long de la durée de l'empire, des groupes humains ont exploité les ressources du milieu. Les données de l'archéologie nous livrent des informations sur des aspects de leur culture matérielle, mais elles ne nous renseignent pas sur leur origine.

 

Nous avons tous appris que nos ancêtres étaient les Gaulois. Vue simplificatrice qui a nourri longtemps l'imaginaire national et qui rend mal compte de l'évolution historique en Languedoc. Des études sur Narbonne, les données livrées par les habitats perchés (oppida) comme Ensérune, montrent l'arrivée de peuples plus ou moins importants aux environs de la vallée de l'Hérault : les Elysiques, premiers habitants de Narbonne dont on a trouvé des traces à Bessan, et surtout les Ibères, mêlés à d'autres peuples non celtes, de l'Hérault au Rhône.

C'est au IIIè siècle av. J.-C. qu'arrivent les peuples celtiques sur les rives de la Méditerranée : Volques Tectosages, capitale Toulouse, les Volques Arécomiques, capitale Nîmes. Ces peuples "celtisent" leurs territoires, mais ne font pas disparaître les cultures précédentes. Tous seront influencés par les civilisations méditerranéennes et passeront sous la domination de Rome quand, en 120 av. J.-C., elle établit la province romaine de la Narbonnaise.

 

Ils deviendront alors des provinciaux romains comme, à Sète, les habitants de la presqu'île du Barrou où l'on a retrouvé médailles et monnaies du Ier au Vè siècle apr. J.-C. L'étonnant est que ces symboles du pouvoir de Rome se retrouvent même à la période la plus difficile pour l'empire romain quand, au IIIè siècle apr. J.-C., il vacille sur ses bases : crise économique, anarchie militaire, usurpations, raids des Barbares. Bien sûr, pour les riverains de l'étang de Thau, l'empereur est loin, les armées sont aux frontières et les Barbares n'atteignent pas la Méditerranée. Le gouverneur de la province est à Narbonne, la ville la plus proche est Béziers. Paye-t-on seulement l'impôt ?

Dans cette zone de tranquillité (ou de refuge?), les pêcheurs en étang prospèrent. Les fouilles ont mis à jour hameçons, poids pour filets et navettes en bronze pour le ramendage. Et près des maisons d'habitation (parfois au sol de mosaïque), des bassins. Ils pouvaient servir de viviers pour le poisson et les coquillages qui étaient exportés dans la plaine et l'arrière-pays. Sans doute servaient-ils aussi à préparer le garum qui faisait les délices des gourmets de tout l'empire : une sauce analogue au nuoc-mâm vietnamien obtenue par macération des poissons. La présence de céramique vernissée atteste d'un certain confort de vie.

 

Le Bulletin d'Archéologie du Languedoc, de 1993, signale la mise au jour d'une chaussée et d'un embarcadère, ce qui confirmerait qu'au Barrou, avant l'écroulement de l'empire romain, a vécu un quartier où prédominaient l'artisanat et le commerce. Ces "pré-Sétois", après tout, ne vivaient pas si mal.

 Hervé Le Blanche

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Cette, 1913 : le destin vinicole de la ville-port.

L'activité économique de Sète, avant la première guerre mondiale, dépend en grande partie du liquide célébré par Dionysos (Bacchus), le vin. Après 1892, le port en est devenu importateur et l'économie de la ville tourne surtout autour de cette activité. Activité qui met la ville en contact avec de lointains pays.

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Selon la brochure du syndicat d'initiative éditée en 1913, 19 pays sont représentés à Sète à cette date. Si nous ignorons quelles affaires pouvaient traiter les représentants de l'Uruguay et du Vénézuela, grâce à l'Histoire de Sète (Privat 1988) nous savons que Sète importait des nitrates du Chili, nécessaire à l'industrie chimique pour l'agriculture. Il est probable que l'on importait des céréales d'Argentine et l'on vendait vin, futailles et produits chimiques au Brésil. Argentine et Brésil sont desservis par la Société générale de Transport maritimes qui leur apporte du charbon anglais et français. Sète exporte les charbons de Carmaux, La Grand Combe, Decazeville.

On envoie aussi au Brésil du sel et probablement les vins liquoreux du Languedoc. Pour la liaison avec les pays d'Asie, il existait les paquebots de la "ligne du tour du monde" par la Compagnie des Chargeurs réunis, représentée à Sète par MM. W. Bazin et E. Laune. Elle desservait Colombo, Bangkok, Saïgon, Haïphong, Tourane. Et la compagnie marseillaise de navigation à vapeur, Fraissinet et Compagnie, desservait Marseille, Nice, la Corse, l'Italie, la Grèce, la Turquie, le Danube et la côte occidentale de l'Afrique.

 

Mais il est des sociétés plus discrètes qui assurent un trafic plus rémunérateur, celui du vin. J. Marmies, succeseur de J. Lavabre, importe toujours du muscat de Samos (malgré les tarifs douaniers de 1892), des vins d'Espagne (malgré le même motif) tels que Malaga, Xerès. Et des vins d'Algérie. Telles sont aussi les activités de la société de César Souchon et celle d'Axel Busk (Sète-Algérie, parallèlement à Sète-Baltique). Car les importations de vins d'Algérie ont pris leur essor depuis les années 1880 et la crise du phylloxera. Elles sont passées, de 65 000 hl en moyenne de 1873 à 1888, à 649 000 hl en moyenne de 1899 à 1914. Grâce à un tarif préférentiel de la Compagnie de chemin de fer du PLM, le vin est revendu en France, en particulier dans la région parisienne. En effet, tandis que le phylloxera détruisait le vignoble, la demande se maintenait. Et le négoce sétois s'est tourné vers l'Algérie, surtout après la mise en place de tarifs douaniers limitant le trafic avec l'Espagne et l'Italie. Les relations se poursuivent avec ces deux pays où, à part du vin, on va chercher du minerai de fer (essai de sidérurgie de Thau par la société Schneider). Plusieurs agences commerciales continuent le commerce du vin, dont celle de Pedro Pi Suñer, 6 quai de Bosc, qui importe Madère, Malaga, muscats.

 

Ainsi, après une reconversion due à l'application de tarifs douaniers protectionnistes, le vin en 1913 contribue à la fortune de Cette. Par son commerce et les activités qu'il peut engendrer qui font de la ville-port une place économique active.

 

Hervé Le Blanche

A l'aube de l'Histoire .

A l'aube de l'Histoire .

 

L'histoire des hommes est en partie conditionnée par les inconvénients et les avantages du milieu où ils vivent, du site de leur habitat. La combinaison des facteurs naturels (relief, eaux, sols, climat) détermine l'originalité de tous les groupements humains. A Sète, le site ne semblait pas favorable à l'établissement d'une population importante, bien que ses avantages n'en fassent pas un pôle répulsif.

 aubeCapture d’écran 2022-07-08 173131Le mont Saint Clair, entouré par les eaux de la mer et de l'étang de Thau, relié à la côte par des bandes de sable, ne paraît pas être un endroit propre à accueillir des populations en quête de ressources naturelles ou des produits de l'industrie des hommes. Côté mer, la côte est inhospitalière, les flots dangereux par vent de sud-est. Côté étang, des marais ont longtemps entretenu fièvres et épidémies. Isolée, l'île de Sète n'est pas au débouché d'un fleuve (comme Agde pour l'Hérault) et ne sera pas vivifiée par une grande voie commerciale.

Mais le mont Saint Clair est boisé, précédé au nord par une plaine fertile (où s'établiront les Métairies) et le bassin de Thau offre ses ressources en sel, poissons, coquillages.

 A l'échelle de la Préhistoire, entre 50 000 et 2 000 ans avant notre ère, c'est relativement tardivement (entre 1365 et 1045 av. J.-C.) que les hommes vinrent habiter près de la pointe du Barrou. Entre cet endroit et la pointe Longue, à moins de 2 mètres sous le niveau actuel de l'étang, sur une légère éminence du fond au lieu-dit La Fangade, a été retrouvé un habitat de l'âge du Bronze.

 

Cet habitat est semblable aux sites lagunaires en bordure de l'étang de l'Or. Il était formé de cabanes ancrées dans le sol par des pieux de chêne vert de 20 ans d'âge. Ces cabanes étaient reliées entre elles par des branchages et du feuillage.

De nombreuses céramiques ont aussi été découvertes. Elles sont composées d'argiles soigneusement épurées, souvent lustrées. Elles constituent nombre d'ustensiles utilitaires, coupes ou assiettes coniques à décoration de guirlandes ou de cannelures, urnes biconiques à bord évasé, bols. Il a été retrouvé également des fusaïoles (petits contrepoids pour les fuseaux) de terre cuite, ainsi que deux épingles en bronze dont une à tête enroulée. Outre les produits de l'étang, les hommes de la fin de l'âge du Bronze consommaient ceux de leur chasse (cerfs et sangliers) et de l'élevage (bœufs, moutons, chèvres, porcs).

Des outils de broyage des grains (meules, galets polis) attestent la pratique de l'agriculture. Au Ier millénaire av. J.-C., les premiers riverains de l'étang de Thau semblaient connaître une certaine prospérité. Ils étaient influencés par les grands foyers de civilisation d'Europe centrale, des stations lacustres suisses et nord-alpines et aussi l'Italie.

 

Les sites de La Fangade et du Barrou ne livrent plus de témoignages d'habitat jusqu'à l'époque romaine (Ier siècle av. J.-C.) Des fragments d'amphores étrusques ou de Marseille témoignent du commerce maritime méditerranéen dont les grands centres étaient Marseille, Agde et Narbonne. Mais, avant la période romaine, Sète semble sortie de l'Histoire.

Hervé Le Blanche

Montpellier-Cette, Messieurs Pouget.

S'il est une famille qui a joué un rôle notable à Sète sous l'Ancien Régime, c'est bien celle des Pouget. Pourtant, ce n'est pas dans la ville-port qu'elle prit de l'envergure, jusqu'à constituer un clan de notables du Montpelliérais.

Mais la lignée d'André-François Pouget est étroitement liée à l'histoire du port voulu par la royauté dont ils défendirent âprement les prérogatives.

 

Les Pouget sont originaires d'un bourg, aux confins du Montpellérais, situé à l'est de Clermont-l'Hérault. Ils lui ont même donné leur nom. L'origine de leur fortune est obscure. Le premier notable, François-Honoré, est titulaire d'un office de finance héréditaire, "conseiller" du roi et donc noble (noblesse de robe). D'ailleurs, son fils André-François, portera le titre d'écuyer (pas tout à fait chevalier), ce qui ne l'empêchera pas de devenir président-juge des traites et gabelles du "département" de Cette et lieutenant général de l'Amirauté, nouvellement créée en 1691. La famille avait bien contribué à la création du port. André Pouget dirigeait la manufacture royale de Villeneuvette avec une "compagnie" de financiers favorisés par Colbert et, avec son frère Honoré, figure parmi les actionnaires de la Compagnie du Levant, créée à l'incitation de l'omniprésent ministre de Louis XIV.

Cette, c'était donc un peu l'œuvre des Pouget. André-François qui dirigea l'Amirauté depuis 1692 fit un mariage en rapport avec son rang. Il épousa en seconde noces, en 1743 à 48 ans, la fille d'un officier de finance. Et un fils du lieutenant de l'Amirauté, André-Joseph, deviendra "capitaine de Sète" en 1785.

 

D'autres membres de la fratrie s'illustrèrent à Montpellier. Un seul restera dans l'ombre, chanoine de la cathédrale de Montpellier. Mais c'est le fils d'André-François, le premier lieutenant de l'Amirauté qui défraya la chronique en Ile singulière. Joseph-Suzanne Pouget y naquit et succéda à son père. Il cultive les lettres anciennes et montre un réel intérêt pour le monde maritime. Il aura une brillante carrière qu'il terminera de Paris à Saint Domingue, avant de mourir au large de Port au Prince en 1792. A Cette, son père avait obtenu un arrêt de justice lui donnant la préséance sur tous les autres officiers et magistrats et "un banc à l'endroit le plus honorable de la nef" à l'église. L'édit de 1706 précisait que "les juges de l'Amirauté ne sont pas des juges ordinaires" et que "la loi expresse déroge du droit commun" (article 52). En 1783, il créa un énorme scandale. En l'absence de son fils, Joseph-Suzanne, il assistait aux réjouissances de la Saint Louis. On joutait sur le canal devant les balcons des notables. Pouget envoie "4 différents émissaires" qui, "de la manière la plus impérative et même fort incivile", intiment l'ordre de faire donner "l'assaut" devant son balcon et non celui du lieutenant du roi. Il menace d'envoyer 20 fusillers pour arrêter les joutes.

 

Des commissaires furent nommés "pour tâcher de s'arranger avec le lieutenant de l'Amirauté". On ne sait qui gagna le tournoi, mais Pouget était bien dans son droit. Le droit du roi ?

Hervé Le Blanche

LE PORTRAIT DE LA SEMAINE par Philippe Raybaud : YVETTE LABROUSSE " LA GRANDE BÉGUM " ENFANT DE SÈTE

LE PORTRAIT DE LA SEMAINE par Philippe Raybaud :  YVETTE LABROUSSE " LA GRANDE BÉGUM " ENFANT DE SÈTE

ababaCapture d’écran 2022-06-19 113557C'est au pied du mont ST Clair, à Sète, qu’ Yvette Labrousse voit le jour, le 15 février 1906. D'une famille modeste, fille d'un conducteur de tramway et d'une couturière, cette enfant va connaître une destinée hors du commun.

Quelques mois après sa naissance, ses parents rejoignent la Côte d'Azur, puis  Lyon, le pays de la couture et des étoffes. C'est là que grandit cette demoiselle de près de 1 mètre quatre - vingts, elle apprend la couture auprès de sa mère. Une grande personnalité alliée à son charme la mène sur les podiums. Élue Miss Lyon en 1929 et Miss France en 1930, elle parcourt le monde, défile pour les " Grands de la mode " et s'installe avec ses parents en Égypte, période où elle habite Le Caire et se convertit à l'Islam.

 
En octobre 1944, à l'âge de trente-huit ans, elle épouse l'Imam Sultan Mohamed Shah et s'appelle désormais Om Habibeh, la Bégum Aga Khan. Ce couple heureux s'installe sur les hauteurs du Canet, dans les Alpes Maritimes. Leur propriété est couverte de pelouses qui descendent jusqu'à la mer. Cette villa somptueuse est nommée " Yakimour ( contraction de Yvette Agan Khan et Amour) devient leur véritable nid d'Amour. La Bégum ne quittera jamais son époux, s'occupant de lui le suivant partout.
 
En 1945, elle est sacrée, par son mari, Mata Salamat (mère de Paix) et devient la troisième Bégum en quatre cents ans d'histoire.
 
Une vie mouvementée, jonchée de rencontres des plus grands du monde d'alors, ne fut que merveille jusqu'au décès de son époux en juillet 1957. Son seul regret est celui de ne pas avoir enfanté. Elle nous quitte le 1 juillet 2000, à l'âge de 94 ans.
 
A l’initiative d’ Elisabeth Duval et Michel Richard (Artiste graphiste), habitants de l’immeuble, une plaque commémorative a été posée au 25 de la Grand Rue Mario Roustan, lieu de résidence de La Bégum et devrait être prochainement inaugurée.
 
( Sources : Historia, Noblesses et Royautés, Histoires Royales).

 Philippe Raybaud