EDITO

Vive le vélo!

L’Hérault a la chance de se situer sur 2 itinéraires cyclables européens : la route 8 baptisée « la Méditerranée à vélo » qui relie l’Espagne à la Grèce et la route 17, baptisée « Via Rhôna » qui s’étend du Leman à la Méditerranée. Nos villes du littoral jalonnent ces voies : Marseillan, Sète, Frontignan, Vic- la- Gardiole, Villeneuve-lès-Maguelone, Palavas, etc.

L’Hérault est aussi le département français qui possède le plus grand réseau de pistes cyclables. Une place d’excellence qui sera consolidée avec le nouveau plan « Hérault Vélo » et les 30 millions d’investissement prévus par le Conseil Départemental entre 2019 et 2024.

A Montpellier, les pistes cyclables se multiplient et le succès des vélos en libre-service témoigne de l’intérêt que portent tant la municipalité que les citadins pour la petite reine.

Autour de l’étang de Thau, de nouvelles pistes se réalisent comme la superbe double voie qui va bientôt compléter la liaison entre la gare de Sète et Balaruc-les-bains.

A Frontignan, la politique du développement économique et touristique responsable permet de faire découvrir à vélo les plages, les étangs et le canal du Rhône à Sète. 

Les associations locales (Vélocité à Montpellier, La Roue libre de Thau dans l’agglomération sétoise, Union Cycliste de Marseillan, etc.) sont pour beaucoup dans cette prise de conscience de l’intérêt du vélo dans notre région et de la nécessité d’un nouveau rapport à l’espace urbain Elles sont su allier l’esprit militant à une démarche intelligente qui les a conduit à devenir des partenaires auprès des institutions publiques pour les aménagements cyclables et l’organisation d’événements destinés à promouvoir tous les usages du vélo.

Il faut les féliciter et les soutenir encore plus vigoureusement car beaucoup reste à faire, notamment en zone urbaine où les pistes cyclables sont toujours nettement insuffisantes malgré les efforts des municipalités en place.

A Montpellier et à Sète, pour se déplacer en ville, les cyclistes n'ont souvent pas d'autre choix que d'emprunter la voie publique où règne la loi du plus fort. Le partage de la route est alors une vue de l’esprit : c’est le plus gros qui gagne. La voiture toute-puissante n’a que faire du cycliste. Il faut être courageux pour risquer sa vie dans la jungle urbaine d’autant que la politesse, la courtoisie et le simple respect du code de la route sont devenues des denrées rares chez les automobilistes.

Le vélo, classique ou électrique, efficace, peu onéreux, respectueux de l’environnement doit devenir un vrai moyen de transport pour aller travailler, faire ses courses, amener les enfants à l’école ou tout simplement se promener et faire un peu d’exercice. En Allemagne, pays comparable à la France, le vélo est 3 à 4 fois plus développé que chez nous. Une ville comme Brême, comparable à Montpellier par sa taille et son grand centre-ville touristique totalement piétonnier, dispose de 600 km de voies cyclables urbaines. Les trottoirs de la plupart des rues sont aménagés avec des voies cyclistes et des voies piétonnes. Avec une part modale vélo de 30 %, Brême est devenue la « ville des vélos ». Chez nous la part modale du vélo est de 2 % !

Bien souvent quand deux cyclistes se croisent ils se sourient ou se saluent.  Le vélo est vecteur de convivialité et de rapprochement entre les citoyens. Aussi rien d’étonnant à ce que le vélo soit devenu la première activité physique préférée des Français. Espérons que les candidats aux futures élections municipales de 2020 en tiennent compte dans leurs programmes de campagne.

Rhadamanthe

L’éducation est une priorité

La rentrée 2019 est une occasion de rappeler que l’éducation ne doit pas être une préoccupation secondaire.  Elle est une priorité susceptible d’apporter une solution aux principaux problèmes auxquels notre pays est confronté. Encore faut-il savoir de quelle éducation on parle.

En Irak, l’éducation était aussi la priorité de l’État islamique pour former des jeunes intégristes aptes à mourir pour Allah. Dans l’Allemagne nazie, Hitler accordait une attention toute particulière à l’éducation de la jeunesse pour lutter contre la « nocivité » des valeurs héritées des Lumières. Le sport et la morale germanique étaient ainsi bien plus importants que l’enseignement scientifique. L’État se devait par ailleurs de corriger les erreurs de nombreux parents incapables de comprendre la nécessité de préserver la « pureté du peuple ». Au Cambodge, dès leur arrivée au pouvoir, les khmers rouges ont mis en place un programme de « rééducation »…

En France, l’école laïque, gratuite et obligatoire, fondée sur l’idée d’égalité du service public, dans les années1880, a forgé notre identité républicaine. L’école de Jules Ferry constitue aujourd’hui encore le socle de notre système éducatif. Les défis auxquels nous sommes confrontés ne sont cependant plus les mêmes que sous la Troisième République.

A l’époque, la révolution industrielle modifiait en profondeur le travail manuel. Les machines démultipliaient la force musculaire, obligeant la société à s’adapter à ce nouveau contexte. Aujourd’hui, une autre révolution technologique est en cours. Elle sera d’une ampleur bien plus grande encore que la précédente. Les changements déjà visibles avec l’informatique, l’internet et les nouvelles formes de communication ne sont que les prémices des bouleversements à venir avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Contrairement aux clichés circulant sur la prise de pouvoir par les robots, l’intelligence artificielle restera un outil maitrisé par l’homme.

Cette fois c’est la capacité intellectuelle du cerveau humain qui sera démultipliée dans des proportions comparables à ce que la révolution industrielle a permis pour la puissance physique. L’impact de l’intelligence artificielle sur l’humanité sera considérable et dépassera sans doute ce que nous pouvons imaginer.

Le score de plus en plus médiocre des élèves français dans les enquêtes internationales montre que notre pays est mal préparé pour affronter le futur tsunami qui s’annonce. La baisse de la qualité de notre enseignement devient un frein à notre prospérité et condamne de plus en plus de citoyens à l’errance professionnelle. Autre signe inquiétant, l’illettrisme qui touche quelque 2,5 millions de français. Ces personnes ont bien été scolarisées mais elles n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, du savoir minimal pour être des citoyens à part entière, autonomes dans la vie courante.

La France dépense nettement moins pour ses élèves que les pays voisins mieux classés. C’est sans doute une des causes du décrochage mais ce n’est pas la seule. Donner davantage de moyens à l’école est une condition nécessaire mais pas suffisante. Dans un monde qui change, la comparaison avec les pratiques de pays performants en la matière montre que notre système éducatif doit impérativement évoluer pour prendre en compte les nouvelles donnes sociétales et technologiques.

Une vraie réforme de fond n’est cependant pas simple. Comment éviter l’instrumentalisation électoraliste du sujet ? Comment éviter les querelles idéologiques qui opposent le public au privé ? Comment éviter les réflexes corporatistes des enseignants et valoriser néanmoins leur savoir-faire ? Comment bâtir un projet national qui soit respectueux de l’autonomie des écoles pour prendre en compte les spécificités locales? Comment penser le système de demain en associant les citoyens, indépendamment des pouvoirs dominants en éducation ?

Comme toujours, le « pour quoi » est plus important encore que le « comment ». Définir avec précision les buts visés à long terme devrait être la première étape pour replacer l’éducation au coeur de notre modernité. Seule une politique éducative ambitieuse en ce sens, qui voit loin et large, avec des objectifs clairement affichés et expliqués, permettra de légitimer la nécessaire refondation de notre école pour préparer nos concitoyens au monde futur.

Rhadamante