À contre-courant plutôt qu'à contrecœur

Lors de la première vague de la pandémie, chacun sentait bien que l'origine profonde de nos maux n'était pas ce minuscule virus de 10 nanomètres de diamètre mais bien plutôt l'inconscience écologique des hommes. De nombreuses espèces vivantes disparaissent mais cette perte de biodiversité, paradoxalement, favorise le développement des microbes qui pullulent plus que jamais(*).

Le saccage de la planète pour satisfaire notre appétit de consommation est alors apparu clairement comme suicidaire. Dans une économie mondialisée, nous avons aussi pris conscience des effets pervers de la recherche du gain à court terme. Nous avons découvert notre dépendance vis à vis de l'étranger pour des biens indispensables à notre survie : masques, médicaments et nombre de produits de base. Nous avons enfin réalisé que ceux qui assuraient les services essentiels à la marche du pays étaient les plus mal payés.

L'unanimité s'est faite au plan national. Elus et dirigeants de tous bords ont assuré qu'ils allaient œuvre aux profondes réformes nécessaires et changer de cap. Les citoyens eux-mêmes semblaient prêts à modifier leurs comportements. Nous avons cru à la possibilité d'un "monde d'après", plus solidaire, plus responsable, plus désirable. Hélas, au sortir de la deuxième vague, malgré plus de 50.000 décès, les signaux se multiplient qui annoncent le retour en force du "monde d'avant".

Les retraites, les 35 heures, l'ISF et les thèmes précédant la crise sanitaire redeviennent d'actualité. Pour 2021, le gouvernement table sur un déficit de 7% du PIB. Pour combler le trou, la créativité des technocrates est donc de nouveau sollicitée pour imaginer de nouvelles taxes, des impôts qui ne disent pas leurs noms. Dans le même temps l'Allemagne réduit ses dépenses et mise sur un retour à l'équilibre budgétaire dès 2022.

La « République des camarades » déjà dénoncée par Clémenceau, reste éternelle. Les anciens ministres de Hollande, ceux de Sarkozy et les opposants professionnels qui occupent la scène depuis des décennies reviennent sur les plateaux de télé.

Même le plastique et le jetable ont retrouvé une nouvelle jeunesse avec les masques, les blouses, les écrans de protection en plexiglas, etc. La loi du début de l'année interdisant les pailles et les couverts à usage unique semble bien loin.

Avec l'annonce du premier vaccin contre le Covid-19, les cours des bourses se sont envolés à Paris comme à New-York. Les groupes pharmaceutiques ont flambé en premier mais tous les autres ont suivi. Air-France KLM en hausse de 30% annonce ainsi le retour des affaires et des touristes du monde d'avant. A peine déconfinés, ils s'apprêtent à partir à l'autre bout de la planète, dans un hôtel cinq étoiles avec piscine, à quelques centaines de mètres d'un bidonville où 10 000 personnes manquent d'eau potable. D'autres plus modestes iront dans quelques mois s'entasser sur les plages de notre beau Languedoc. Ils contempleront les flots bleus d'une Méditerranée qui agonise sous les déchets mais trouve encore le moyen de servir de sépulture aux migrants venus d'Afrique.

En attendant ces vacances de rêve, l'économie est devenue la nouvelle urgence de ce mois de décembre. Le déconfinement s'accélère. Noël se prépare. Le foie gras et le champagne seront bientôt en rupture de stock. Le réveillon sans couvre-feu de la saint Sylvestre relancera la troisième vague. A temps pour permettre aux laboratoires pharmaceutiques de mieux écouler les millions de doses de vaccin et d'assurer le retour de leur investissement.

L’espoir que tout change s'éloigne.

Je fais malgré tout partie de cette poignée d'optimistes qui croit que l’humain redeviendra un jour la priorité de notre monde. En attendant, mieux vaut aller à contre-courant qu'à contrecœur.

Jacques Carles

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(*) J.Carles et Michel Granger. "L'Apogée, l'Avenir en Perspective".

Fanatisme : ce mois-ci Oc-infos cède la plume à Voltaire

En 1763, Voltaire publie son Traité sur l'intolérance. Ce texte vise la réhabilitation de Jean Calas, protestant faussement accusé et exécuté pour avoir assassiné son fils afin d'éviter que ce dernier ne se convertisse au catholicisme.

L'année suivante, en 1764, il définit le "Fanatisme" dans son Dictionnaire philosophique, dont nous extrayons ci-dessous l'essentiel.

"Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. […]"

"Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l'esprit l'exemple d'Aod, qui assassine le roi Eglon ; de Judith, qui coupe la tête d'Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel, qui hache en morceaux le roi Agag. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'Antiquité, sont abominables dans le temps présent ; ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne."


"Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage ; c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre."

Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?


"Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains.

Ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait."

 Voltaire


"Fanatisme", Dictionnaire philosophique, 1764

COP : seule la déception est au rendez-vous

En 1992, les dirigeants de près de deux cents pays, réunis pour le Sommet de la Terre au Brésil, signent la Déclaration de Rio de Janeiro :

tous s'engagent à agir en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les pays signataires conviennent aussi de tenir régulièrement une conférence des parties prenantes de cette Convention-cadre des Nations unies pour faire le point sur le réchauffement climatique : le principe des COP était né.

La première COP aura lieu en 1995 à Berlin. Depuis 25 conférences pour le climat ont eu lieu.

 La 26ème COP qui devait se tenir à Glasgow le mois prochain vient d'être remise à 2021 en raison de la pandémie de coronavirus.

Ce report est sage. Certains scientifiques comme bien d'autres personnes sont classés dans la catégorie à risque, évitent de sortir.

 D'autre-part, après une mise à jour de la courbe de l'évolution de la concentration en CO2 de l'atmosphère pour la période couvrant les 60 dernière années (courbe de Jancovici) nous pouvons distinguer clairement l'absence d'impact de ces conférences sur les émissions de gaz à effet de serre.

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 Que faut-il en conclure ?

Les maîtres du monde ont-ils vraiment décidé des bonnes actions pour éviter le réchauffement climatique ou ont-ils été incapables de les mettre en œuvre?

A quoi sert de dépenser les centaines de millions que coûtent chacune de ces conférences?

Que valent les déclarations des uns et des autres relayées en boucle par les médias?

 "Nous autres, pauvres citoyens, nous n'avons pas fait l'ENA et nous ne sommes pas assez intelligents pour répondre à ces questions mais nous avons suffisamment de jugeote pour comprendre qu'on nous mène en bateau."

 Jacques Carles

1 COP, en anglais : Conference Of Parties.

Changer l'école : de la compétition à la coopération

Demain dépend de la façon dont nous élevons nos enfants. La rentrée 2020 est donc une occasion de s'interroger sur notre façon de préparer les hommes et les femmes qui, après nous, vont prendre en charge le futur de notre planète.

En France le système éducatif vise avant tout à faire émerger une élite. Cette approche de l'enseignement par la compétition produit du stress et de la souffrance pour de nombreux élèves. Elle accentue les inégalités entre les enfants et favorise les comportements agressifs, la triche et l'absentéisme. Cette logique de compétition se retrouve du primaire jusqu'à l'enseignement supérieur. Pour entrer en faculté de médecine, par exemple, la lutte est sans merci et les candidats doivent acquérir une mentalité de tueur compte-tenu du numérus clausus. Un bien mauvais début pour des gens à qui on va demander de sauver des vies remarquait le regretté professeur Jacquard.

En Europe, les pays qui s'en sortent le mieux ont délaissé l'apprentissage compétitif pour l’apprentissage coopératif qui consiste à faire travailler les élèves, ensemble, en petits groupes pour atteindre un même but. L'objectif n'est plus de demander à l'élève d'être meilleur que l'autre, mais au contraire de tisser des liens avec lui, d'échanger des idées ou des savoirs. La coopération proposée aux enfants sur des projets menés en équipe permet d'expérimenter des situations de "vivre ensemble" et de "travailler ensemble" qui seront celles qu'ils rencontreront plus tard dans leurs vies professionnelles. Cette forme d'apprentissage permet aussi une éducation sociale. Les enfants apprennent à voir les différences entre eux comme des complémentarités utiles à tous et les similitudes comme des forces à valoriser.

L'apprentissage coopératif ne signifie pas pour autant l'absence d'évaluation et d'émulation. Se situer par rapport à un référentiel reste nécessaire mais le but visé est d'abord le dépassement de soi et non le dépassement de l'autre. Le succès d’un élève s'apprécie d'abord sur sa contribution au succès de l’ensemble du groupe. Plutôt que d'inciter au conformisme pour ressembler au modèle qu'attend l'élite en place, l'accent est mis sur la créativité, la compétence indispensable pour l'innovation et l'économie d'aujourd'hui.

Pour les défenseurs de la compétition, le système coopératif est un leurre. Insuffler l'esprit de compétition aux enfants est le meilleur moyen de leur permettre de réussir dans la vie, quitte à écraser les autres. Pourtant, toutes les études montrent que ce cliché est contredit par les faits et qu'un esprit de coopération conduit tout autant à la réussite. Selon les chercheurs, l'éducation participative permettrait même de mieux faire émerger les "leaders naturels " et de mieux développer leurs capacités à conduire une équipe.

Au plan économique, les pays nordiques qui ont opté très tôt pour une éducation coopérative, ont des niveaux de vie supérieurs au notre. On y observe une amélioration des relations entre enseignants et élèves, une plus forte motivation pour apprendre, une plus grande confiance en soi, davantage de sérénité, moins de sexisme ou de racisme et de bien meilleurs résultats aux tests PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves).

La compétition n'est pas le moteur du progrès comme veut nous le faire croire le disque rayé de la pensée dominante. Pasteur ne cherchait pas à être compétitif quand il a trouvé le vaccin contre la rage, pas plus que Nicéphore Niépce quand il a inventé la photographie

Jacques Carles

Supprimons les impôts et les taxes

Le plan de relance européen, annoncé comme historique et nécessaire pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire, n’annonce pas pour autant des lendemains qui chantent. Les 750 milliards qui seront mobilisés, subventions ou prêts, sortiront in fine de la poche des citoyens et ne règleront pas nos problèmes de fond.
 
A partir de 1974, la France est en entrée en déficit permanent. Depuis plus de 40 ans notre pays s’endette année après année pour combler le trou creusé par l’état, qu’elle que soit la couleur de son gouvernement. En 1999, la France accepte de surévaluer le Franc par orgueil ce qui permet à l’euro, le double mark (1 euro = 2 marks), de remplacer notre monnaie nationale. Cette erreur stratégique de parité monétaire ne fait qu’aggraver notre situation. Elle se traduit par une perte de compétitivité de notre industrie et entraîne sa disparition progressive. La France devient dès lors incapable non seulement de rembourser sa dette mais elle doit emprunter toujours davantage pour renflouer les caisses de l’Etat et traiter socialement un chômage élevé permanent.
 
Le plan européen va encore alourdir considérablement la dette de la France, déjà insoutenable, mais ne va pas modifier notre politique économique. Quand on va tout droit dans un mur, accélérer sans changer de direction, ne fait que précipiter la catastrophe.
 
Que faire ?
 
Ne pas rembourser la dette? Une option théorique, surtout pour l’Allemagne qui donne des leçons de vertu oubliant que ses dettes ont déjà été effacées par deux fois, en 1923 et en 1953.
 
Rembourser en monnaie de singe? En laissant filer l’inflation ou, ce qui semble être-là voie choisie, en contractant de nouvelles dettes à des taux négatifs pour rembourser les anciennes et continuer la fuite en avant. Chacun sent bien qu’emprunter à taux négatif n’a pas de sens et conduit à la faillite. Imaginez que vous alliez vous faire couper les cheveux et, qu'une fois son travail fait, le coiffeur vous donne un billet de 10 euros au lieu de vous présenter la facture. Il ne faut pas se faire d’illusion, tôt ou tard, avec cette logique, l’Etat reparlera de rigueur salariale, de sacrifices à faire, d’impôts exceptionnels, etc. La France s’enfoncera dans la pauvreté.
 
Rembourser honnêtement nos dettes et investir massivement sur l’éducation, sur les industries du futur, sur l’environnement, sur la santé et le bien-être des citoyens ? C’est évidemment ce qu’il faudrait faire pour retrouver une croissance soutenable porteuse d’avenir pour les jeunes générations. Mais comment trouver des ressources nouvelles ? Dans le cadre de la pensée unique d’aujourd’hui, c’est tout bonnement impossible. Taxer le capital nuit à l’investissement, taxer le travail nuit à l’emploi, taxer la consommation (TVA par exemple) réduit le pouvoir d’achat.
 
Pour s’en sortir, il faut changer radicalement de politique économique et de système fiscal. Certaines pistes existent. Les gilets jaunes avaient par exemple popularisé le concept d'un impôt sur les transactions financières. Cette piste n’est pas saugrenue, elle s'inscrit dans l’esprit de la taxe Tobin concernant les spéculations en bourse. Elle rencontre bien sûr l'opposition des banques, des milieux financiers et des  Etats comme les Pays-Bas, le Luxembourg ou l'Irlande qui font de leur dumping fiscal un atout économique majeur au détriment des autres Etats membres de l’Union.
Actuellement, quelques économistes "hétérodoxes" relancent néanmoins l'idée d'une révolution fiscale sur ce principe. Pour eux, la financiarisation est devenue le cœur de l’économie et c’est à elle de prendre le relais de la charge fiscale à la place des travailleurs, des consommateurs, des entrepreneurs et des investisseurs. Il s'agit d'instaurer un micro prélèvement automatique, de moins de 1%, sur toutes les transactions électroniques. Cette taxe pénaliserait les transactions des spéculateurs qui opèrent à la microseconde mais elle serait sans conséquence significative pour les transactions électroniques utiles à l'économie réelle.
 
Le volume de l'ensemble des transactions électroniques en Europe est mal connu mais il serait supérieur à 2 millions de milliards d'euros. A elle seule, la plate-forme européenne des transactions financières utilisée à la fois par les banques centrales et les banques commerciales ("Target 2") assure l’échange chaque jour de 2500 milliards d'euros soit en 4 jours le PIB annuel de la zone euro. En Suisse, Marc Chesnay, directeur du Département de banque et finance et du Centre de compétence en finance durable de l’université de Zurich, estime le volume de transactions électroniques, pour la seule Confédération helvétique, à environ 100.000 milliards de francs suisses (*).
A titre de comparaison, le budget 2020 de l'État français est de 344 milliards d'euros. Un micro-impôt de moins de 1% sur les transactions électroniques serait donc largement suffisant pour supprimer l'impôt sur le revenu, la TVA et la plupart des autres prélèvements dans la plupart des pays. L'énorme gain de pouvoir d'achat pour les citoyens et de capacité à investir pour les entreprises relancerait l'économie sur de nouvelles bases. Plus simple et moins bureaucratique, les entreprises non seulement économiseraient sur leurs impôts mais elles gagneraient du temps avec un système moins bureaucratique et sans TVA.
 
A l'heure de l'urgence sanitaire, climatique, sociale et économique dans un contexte où les impôts de toutes sortes sont devenus insupportables, il est urgent d'élargir l'horizon et de rechercher des options en rupture avec le système actuel.
 
Une révolution fiscale basée sur le micro-impôt des transactions électroniques est possible à l'ère de la digitalisation des données. Elle est dans l'intérêt du plus grand nombre, elle est simple mais pas simpliste. Par contre, elle ne peut que rencontrer l'hostilité de la finance internationale qui fera tout pour discréditer une idée qui menace ses profits. Les citoyens devront donc faire une très forte pression sur leurs représentants, au niveau national et au niveau européen, pour que cette voie soit explorée avec la ferme volonté de changer la politique et l'économie au bénéfice de tous.
 
Jacques Carles
co-auteur avec Michel Granger de L'Apogée, l'Avenir en Perspective

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(*) https://marcchesney.com/fr/media/questions-et-reponses-sur-le-theme-de-la-microtaxe/

Vers la nation apprenante

Partout dans le monde et pour la même raison des millions d’écoles ont fermé à peu près au même moment. Dans ce contexte inédit, les enseignants ont su innover et prendre de remarquables initiatives. Ils ont pu assurer les cours à distance et maintenir le lien avec les enfants grâce à l’internet et aux outils modernes de visioconférence. Ils ont expérimenté une façon d’enseigner plus flexible, plus ouverte, à la fois collective et personnalisée. L’école est devenue en quelques semaines une vitrine de la transformation numérique de notre société.

 Les professeurs de la génération Y (ceux nés entre 1980 et 2000) constituent déjà l’essentiel du corps enseignant. A l’aise avec les nouvelles technologies, ils viennent de démontrer qu’ils étaient prêts à faire évoluer les pratiques éducatives dans un contexte où la connaissance est à la portée d’un clic de souris. Ces jeunes enseignants, bientôt rejoints par ceux de la génération Z (nés après 2000), sont en phase avec leurs élèves qui communiquent avec Snapchat, Instant Messenger, WhatsApp, etc... Ils perçoivent déjà les changements sociétaux à venir via la diversité des origines de leurs élèves et de leurs familles : traditionnelles, recomposées, monoparentales, homoparentales, etc. Par ailleurs ils sont conscients de leur responsabilité pour faire comprendre aux futurs citoyens les problèmes globaux de l’humanité : sécurité, climat, environnement, etc. Nos enseignants sont donc particulièrement compétents pour préparer nos enfants au monde qui va advenir.

 Les nouvelles technologies ne sont cependant que des outils. Elles ne vont pas remplacer les enseignants pour guider les élèves sur le chemin du savoir. Par contre, elles vont nous obliger à repenser l’ensemble du secteur de l’éducation.

Quel doit être le rôle des maîtres dans un monde où les trois quarts des métiers qu’exerceront les enfants actuellement dans le primaire n’existent pas encore ?  Que doivent-ils enseigner ? Dans quel but ? Comment doivent-ils le faire ?

Aujourd’hui, le schéma traditionnel de la salle de classe avec les enfants écoutant le maître n’est plus le seul pertinent. Au-delà des savoirs fondamentaux, d’autres compétences sont nécessaires dans le monde moderne interdépendant : créativité, aptitude à communiquer, capacité à travailler en équipe, aptitude à faire preuve d’empathie, intelligence émotionnelle, autonomie, capacité à s’adapter au changement et à être à l’aise dans un contexte multiculturel, etc.

 La pandémie a mis en lumière que la dynamique concrète d’innovation de l’école se trouve pour l’essentiel en province et sur le terrain. C’est particulièrement vrai pour notre Région où les expérimentations pédagogiques réussies sont innombrables, tant dans l’enseignement général que dans l’enseignement professionnel, à tous les niveaux, du primaire à l’université...

A Montpellier, la Cellule Académique de Recherche et Développement pour l'Innovation et l'Expérimentation (CARDIE) recense plus d’une centaine d’équipes éducatives impliquées dans des actions innovantes pour les seules écoles et établissements de l’académie. Au niveau universitaire, le Centre de Soutien aux Innovations Pédagogiques (CSIP) pour ne citer que cet exemple, catalyse la transformation pédagogique au sein du périmètre du projet MUSE « Montpellier Université d’Excellence ». Il initie de nouvelles façons d’enseigner hybrides, en présentiel ou à distance, et encourage la création de nouveaux espaces d’apprentissages tels les learning labs du département de l’Hérault.

 Souhaitons que l’administration parisienne soutienne ces expériences régionales. Notre pays a plus à gagner à encourager l’innovation qu’à veiller à la conformité. Plutôt que de directives et de normes, nos enseignants et nos chercheurs ont besoin d’un système plus orienté vers la confiance et le soutien positif. Les règlements et les politiques de l’éducation nationale doivent donc être revus pour permettre plus d’audace.

Seule une vision de rupture et la considération pour le travail de nos enseignants permettront de réussir le virage vers la nation apprenante que souhaite le ministre de l’éducation.

 Jacques Carles

 (*) voir http://montpellier-infos.fr/index.php/culture/education

L'Après Covid

Certains nous expliquent ce qu’il eût été raisonnable de faire pour éviter la crise sanitaire que nous vivons. Ils instruisent les procès de ceux qui n’ont pas su prendre les décisions intelligentes qu’eux-mêmes auraient prises. C’est tellement plus facile, après coup, d’être plus malin que les autres !

S’il est évident que les politiques menées pendant des années nous ont conduit à la situation présente, l’urgence n’est cependant pas de sonner l’hallali de ceux qui sont aujourd’hui aux manettes. Cela ne peut qu’aggraver encore un peu plus la situation. La critique stérile d’une élite préoccupée avant tout de gestion, si justifiée soit-elle, ne nous avancera guère. Les citoyens n’ont également rien à gagner des querelles politiciennes qui ne servent que des egos ou des clans. Pire, avec la sévère crise économique qui s’annonce, la pensée négative, ne peut qu’encourager un chacun pour soi mortifère et provoquer un grand bond en arrière.

Au-delà des problèmes à régler aujourd’hui pour la simple survie, il est urgent de préparer demain et après-demain. Nos élites doivent prendre conscience que des politiques classiques de relance ne suffiront pas à éviter un irréversible déclin.
Soutenir des activités néfastes pour l’environnement ou pour la société n’aurait pas davantage de sens.

Plus que jamais il est nécessaire de voir loin et large, de sortir du cadre de raisonnement habituel et d’imaginer des voies nouvelles susceptibles de faire advenir un futur souhaitable pour le pays.
Libérons et organisons l’intelligence collective. Encourageons l’innovation, coûte que coûte, partout. Plutôt que d’aider ce qui ne peut que s’effondrer, favorisons la croissance des secteurs où les besoins humains restent considérables.
Ces besoins ne sont pas ceux dictés par la production du système économique actuel. Ils concernent les éléments physiologiques fondamentaux, comme la nourriture, la santé, l’habitat et la sécurité. Ils ont aussi trait aux attentes sociales telles la considération, l'épanouissement personnel, la culture, l’éducation et tout ce qui concourt au bien-être individuel et collectif.

Pour éviter le déclassement de la Nation, la seule stratégie gagnante ne peut être qu’une stratégie de rupture visant une croissance soutenable véritablement utile à tous.

Jacques Carles

Covid : un drame porteur d’espérance ?

La priorité actuelle est de sauver des vies. Ce n’est pas le moment d’arbitrer entre santé et économie. La fin du confinement doit donc se décider avant tout sur une base d’efficacité sanitaire.

L’analyse des pandémies passées nous apprend que ce sont les zones qui respectèrent l’isolement, de façon stricte et le temps qu’il faut, qui furent les fers de lance de la reprise lors du retour à la vie normale1.

Il ne faut pas se faire d’illusions, la pandémie durera encore plusieurs mois. Le bilan humain sera terrible. L’impact sur l’économie sera tout aussi dramatique. Pour protéger la population, maintenir en vie les entreprises, sauvegarder l’emploi, les dirigeants devront oublier les discours d’austérité et de contrôle de la dette publique qu’ils tenaient depuis des décennies. Pour un temps, l’économie devient une économie de guerre. L’ennemi n’est pas une autre nation mais un minuscule virus contre lequel le monde entier se bat. Paradoxalement, cette crise pourrait néanmoins provoquer de salutaires remises en cause pour, finalement, rouvrir la voie du vrai progrès.

Historiquement, les pandémies et les guerres, responsables de grandes pertes humaines, ont toujours été suivies d’un rééquilibrage en faveur du travail au détriment du capital. En 1920, après la première guerre mondiale (20 millions de morts) et la grippe espagnole (entre 50 et 100 millions de morts), les salaires ont augmenté fortement. La même chose devrait s’observer dans les années qui viennent, en priorité en faveur des héros du front : le personnel soignant et ceux qui assurent les services indispensables à la survie de la population. Les dirigeants devront réaliser que le partage des richesses ne peut plus se faire à l’avantage d’une infime minorité mais qu’elle doit mieux prendre en compte ceux qui veillent à l’essentiel. Les plus-values apportées par les travailleurs invisibles méritent au moins autant de considération que les plus-values de la bourse.

Déjà, lors de la peste noire du 14ème siècle, Guy de Chauliac, constatait, à Montpellier, une mortalité sélective selon l’âge et le statut social : les pauvres et les plus âgés payaient le plus lourd tribut à l’épidémie2. En temps de guerre ou de pandémie, personne n’est cependant vraiment à l’abri. La peste a surtout emporté, les indigents mais aussi le roi Saint louis, le roi Alphonse XI de Castille, le fils de l’empereur de Byzance et bien d’autres grands du monde de l’époque. Aujourd’hui le Covid s’attaque à des milliers de sujets de sa majesté Elisabeth II mais aussi à son premier ministre Boris Johnson.

Lors de la deuxième guerre mondiale, les bombes tombaient dans les banlieues comme dans les beaux quartiers, tuant les personnes indépendamment de leur condition sociale et de leur sexe. Au sortir du conflit, de nombreux pays ont pris conscience de cette égalité devant l’épreuve et de l’importance de la solidarité. Ils ont mis en place des systèmes de sécurité sociale et ils ont accordé le droit de vote aux femmes, là où elles ne l’avaient pas encore.

Aujourd’hui, sur notre petite planète, nous prenons de nouveau conscience que nous dépendons tous les uns des autres. Pour l’avoir oublié, les États-Unis ont vu régresser l’espérance de vie de leurs citoyens durant la dernière décennie. Ils constatent à présent que le Covid fait chez eux plus de victimes qu’ailleurs. Dans le sud de l’Europe, l’austérité, la précarité et la désindustrialisation se payent aussi au prix fort. A l’inverse, les pays scandinaves, plus égalitaires et socialement plus responsables, semblent mieux résister à la pandémie.

Pour réduire les coûts, nous avons sous-traité nombre de nos fabrications à l’étranger ; du coup les quelques usines qui nous restent sont à l’arrêt quand elles ne reçoivent plus les composants nécessaire à la production. Plus grave, les masques, les médicaments, les produits de base pour réaliser les tests sont aussi produits hors d’Europe et font maintenant cruellement défaut. Population sans défense, soignants mal protégés, travailleurs incapables d’aller travailler : nous sommes enfermés dans un cercle vicieux.

En cherchant la rentabilité à court terme, en voulant payer moins cher nos produits, nous nous sommes affaiblis, nous sommes devenus dépendants et vulnérables. Pour éviter un déclassement définitif, sans retour possible, il nous faut rapidement réinvestir et changer de cap.

Dans le monde moderne, l’innovation, la connaissance et le savoir-faire sont les clés de la réussite. L’investissement doit donc être massif dans la recherche, dans l’enseignement et dans la formation. Il nous faut aussi investir dans des capacités de production respectueuses de l’environnement et les énergies renouvelables. Selon la commission internationale sur l’économie et le climat, la transition vers un modèle de société souhaitable et sans carbone nécessite d’investir, à l’échelle mondiale, près de 90.000 milliards de dollars d’ici 2030, ce qui représente une somme supérieure à la valeur de l’ensemble des infrastructures actuelles1. Un effort colossal mais dont le retour estimé se chiffre également en milliers de milliards de dollars.


Nous sommes donc à la croisée des chemins.

Soit nous suivons les populistes et l’imbécile en chef de la Maison Blanche qui veut construire des murs, armer les faibles d’esprit, promouvoir le chacun pour soi, développer encore davantage le charbon ou le gaz de schiste après avoir dénoncé les accords de Paris. Nous sommes alors assurés qu’au bout du compte la situation sera pire...

Soit nous prenons le risque d’emprunter et d’investir à bon escient pour stimuler l’innovation, améliorer la qualité de vie, préserver la santé publique, créer de nouveaux emplois et contribuer à la réduction de risques liés au changement climatique. Dans ce cas, une nouvelle ère de croissance économique forte, durable, équilibrée et inclusive devient possible, quitte à accepter un peu d’inflation pour rendre supportable le poids de la dette consentie pour y parvenir.


Jacques Carles

Texte également publié sur futuroscopie.org

Voir aussi le nouveau livre de Jacques Carles et Michel Granger : « L’Apogée, l’avenir en Perspective ».

1 - Rawnsley, A. The Guardian The coronavirus crisis ignites a bonfire of Conservative party orthodoxies The Guardian (22 mars 2020)
2 - Dominique Castex et Isabelle Cartron, Épidémies et crises de mortalité du passé. Ausonius éditions (2007)

1 - Global Commission on the Economy and Climate : The New Climate Economy Project ( résumé en français en suivant ce lien)

Le Covid-19 n’est qu’un coup de semonce

Les grandes pandémies ne sont pas nouvelles dans l’histoire de l’humanité.
Déjà au 2ème siècle de notre ère, la peste galénique, une variante de la variole, cause la mort de 5 à 10 millions de personnes en Europe. Elle marque la fin de la dynastie des Antonins et amorce le déclin de l’empire romain. Au 6ème siècle, la peste de Justinien, du nom de l’empereur romain de l’époque, frappe l’occident, l’empire byzantin et l’Asie mineure. Elle tue un quart de la population des zones touchées soit quelque 40 millions de personnes. Au 14ème siècle la peste noire provoque la mort d’une centaine de millions de personnes en Asie, en Afrique et en Europe. Par endroit plus de la moitié de la population est emportée par la maladie.

Les mortalités observées dans l’antiquité, au moyen-âge et jusqu’aux temps modernes, s’expliquent en grande partie par la pauvreté, par une hygiène rudimentaire et par une médecine qui n’était pas encore très avancée. Les grandes hécatombes étaient cependant relativement peu fréquentes. Des foyers épidémiques localisés apparaissaient régulièrement ça et là mais plusieurs siècles s’écoulaient entre deux pandémies majeures.

Depuis la révolution industrielle et la mondialisation, ce n’est plus le cas. Les hommes se sont concentrés dans de grandes zones urbaines favorisant la promiscuité ; leurs activités altèrent le climat et entraînent une diminution de la biodiversité. A la différence des animaux et des plantes, les microbes ne disparaissent pas du fait de l'inconscience écologique des hommes. Au contraire le monde de l’infiniment petit pullule plus que jamais. Il mute, se transforme à grande vitesse et occupe les vides biologiques créés par l’homme. Pendant que l’espèce humaine épuise les forêts, les terres et les océans, de nouveaux agents pathogènes se répandent. De nouveaux virus et de nouvelles bactéries suivent les hommes et leurs produits qui vont et viennent partout sur la planète.

Dès le début du 20ème siècle, les grandes épidémies réapparaissent et leur fréquence augmente. Entre 1918 et 1919, la grippe, improprement appelée espagnole, touche l’Amérique puis l’Europe avant de se propager en Chine, en Inde et au reste du monde. Le virus fait près de 100 millions de morts : cinq fois plus que les combats de la première guerre mondiale. Dans le seconde moitié du siècle d’autres épidémies se succèdent : la grippe asiatique dans les années 1950 et la grippe de Hong-Kong dans les années 1960 font chacune plus d’un million de morts. Dans les années 1980 le sida fait son apparition ; à ce jour, malgré les trithérapies, il est responsable de près de 40 millions de morts.
Depuis les années 2000, les maladies endémiques deviennent récurrentes. En 2002 le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) fait son apparition en Chine et s’étend à une trentaine de pays. Le coronavirus à l’origine de la maladie provoque des pneumonies aiguës souvent mortelles. En 2003, la grippe aviaire ravage d'abord les élevages de poulet de Chine avant de se transmettre à l'humain. Grâce à l’urgence sanitaire mondiale décrétée par l’OMS, le bilan de la grippe aviaire se limite à environ un millier de morts. Par contre, en 2009 et 2010, la méningite bactérienne se développe en Afrique et entraîne des milliers de décès. Au même moment, le virus H1N1 et ses complications respiratoires tue plus de 200.000 personnes dans le monde. En 2012, une autre forme de coronavirus provoque le Syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO) qui tue 40% des personnes infectées. Depuis son apparition, en 2013, la maladie à virus Ebola, responsable de fièvre hémorragique, a déjà tué des milliers de personnes en Afrique. Après une légère accalmie, l’épidémie est repartie de plus belle en 2019. Cette même année, en France métropolitaine, le virus Zika, transmis par le moustique tigre fait ses premières victimes.
Aujourd’hui en 2020, c’est de nouveau une forme de coronavirus, le Covid-19, qui frappe la planète. Une nouvelle course est engagée pour trouver un vaccin et des remèdes pour lutter contre une épidémie dont on mesure encore mal l’ampleur et les conséquences.

La science seule ne permettra cependant pas de résoudre le problème plus profond qui résulte des atteintes portées à la nature et au vivant par l’homme. Si l’espèce humaine ne modifie pas sa relation à son environnement, si elle n’adapte pas son économie au-delà de la recherche du gain à court terme, si elle ne parvient pas à adopter un comportement collectif responsable, il faut s’attendre à des pandémies de plus en plus mortelles, sans doute bien pire encore que celle du Covid-19.

 Jacques Carles

Yes, they did it !

Avec le Brexit, le peuple anglais a choisi de réaffirmer son insularité.

En prenant un peu de recul, ce qui est surprenant ce n’est pas le fait que l’Angleterre sorte de l’Union Européenne, c’est le fait qu’elle y soit entrée.

Pour les pères fondateurs de l’Europe, l’Union était un projet politique. L’ambition était d’instaurer une paix durable sur le continent et d’œuvrer pour offrir une vie meilleure aux citoyens. Quand les Anglais rejoignent l’Europe, ils le font pour d’autres raisons, essentiellement économiques, sous l’influence des milieux d’affaires. Pendant 47 ans, les élites d’outre-Manche ont défendu la primauté de l’économie. Leurs représentants et leurs lobbyistes ont exporté à Bruxelles les valeurs du libéralisme anglo-saxon et ils ont importé à Londres les travers bureaucratiques de l’Europe continentale. Encore tout récemment, après le référendum qui a conduit au Brexit, les partisans du maintien du Royaume-Uni dans l’Union n’ont fait valoir que des arguments économiques. Or les Anglais, comme les autres peuples, sont aussi sensibles à des valeurs plus profondes comme l’identité, les modes de vie, les coutumes et l’appartenance à une nation.

Ce qui est nouveau et paradoxal, c’est que l’Angleterre, cœur du monde anglo-saxon, devienne le symbole du rejet de la mondialisation libérale dont il est à l’origine. Plus inquiétant, un populisme xénophobe, peu habituel au Royaume-Uni, s’y développe et se nourrit des dégâts de cette mondialisation non régulée. Comme aux États-Unis, le développement d’inégalités bien plus criantes qu’en France, finit par miner la démocratie.

L’Europe, et la France en particulier, ont donc intérêt à s’interroger sur les raisons qui ont conduit les Britanniques à prendre leurs distances. L’Europe doit comprendre pourquoi elle ne fait plus rêver les peuples.

Enfin, plutôt que de rejeter ceux qui partent, réagissons de façon pragmatique. Tout comme la Suisse ou la Norvège, autres pays européens n’appartenant pas à l’Union, le Royaume-Uni doit rester un pays ami. Certes, il sera toujours difficile de comprendre un peuple qui appelle victoire ce que nous appelons défaites, Waterloo, Trafalgar ... Mais comme le rappelait le lucide De Gaulle, il n’y a pas de montagne entre l’Angleterre et la France ; il y a seulement un canal.

Rhadamanthe

Privilèges

Les Français bénéficient de nombreux avantages collectifs : gratuité de l’école, sécurité sociale, hôpital accessible à tous, liberté d’expression, etc. Ces acquis de haute lutte ne sont même plus perçus tant ils paraissent naturels et obtenus pour toujours.

 Par contre les Français perçoivent les avantages individuels, d’autant qu’ils sont nombreux à bénéficier de petits à-côtés.

Les agents d’EDF sur le terrain travaillent souvent dans de dures conditions et peuvent être appelés de jour comme de nuit 7j/7. D’autres dans les bureaux sont un peu moins sollicités mais tous, en activité ou en retraite, bénéficient de petits avantages qui pris globalement ne sont plus négligeables. La cour des comptes en a dressé un catalogue impressionnant dans son rapport public de 2019.

Les cheminots ont souvent des conditions de travail difficiles et des horaires qui ne ménagent pas leur vie de famille. Cela justifie nombre des compensations qui leur sont accordées mais pas toutes. La Cour des comptes dénonce aussi le système des « facilités de circulation » qui permet à plus d'un million de personnes de voyager pour pas cher… Le coût de ces billets gratuits est d’autant plus faramineux qu’ils ne sont pas accordés qu’aux salariés : les familles, les retraités et même certains élus en profitent sans compter.

A Air France, des billets d’avion à bas prix sont aussi accordés aux salariés et à leurs familles ; les vols peuvent même devenir gratuits pour les navigants et les dirigeants.

Une logique similaire est courante dans de nombreuses entreprises privées : un salarié du groupe Accor, par exemple, bénéficie de réduction substantielles pour ses réservations de chambres d’hôtels en France ou à l’étranger.

Les enseignants sont de moins en moins considérés. Pourtant, l’avenir du pays dépend de la qualité de leur travail et de leur motivation. Revaloriser leurs missions et corriger les méthodes de gestion de leur carrière est donc une priorité. Cela n’empêche pas les enseignants d’avoir eux aussi leurs privilèges : vacances généreuses et retraite dans de bonnes conditions.

Les militaires et autres professions à risque méritent de partir plus tôt en retraite mais beaucoup d’entre eux entament ensuite une seconde carrière et touchent ainsi pension et salaire. Le cumul entraîne ensuite une seconde retraite, un privilège différent de la prise de retraite avancée pour les risques encourus au front.

La plupart des médecins sont admirables mais quelques-uns le sont un peu moins et n’hésitent pas à demander des suppléments d’honoraires indécents à des petites gens atteintes de maladies graves.

La plupart des notaires sont irremplaçables. Ils évitent bien des soucis aux familles mais quelques-uns profitant de leur situation de monopole, gagnent de l’argent sur les fonds de leurs clients ou s’enrichissent de façon éhontée en facturant des actes inutiles.

 Le président de la république a renoncé à percevoir sa retraite présidentielle. Bravo. Mais ce faisant, il a mis aussi en lumière les avantages astronomiques dont bénéficient les hautes sphères de la monarchie républicaine. Gérard Larcher, le Président du Sénat, vent debout contre toute réforme de son institution, illustre bien l’intense opposition des privilégiés de la république à toute réforme qui les affecterait. Le patron du sénat est d’ailleurs également très réservé sur le projet de régime universel des retraite, estimant que le train de sénateur mérite mieux que le TGV de la SNCF.

Personne ne veut perdre ses privilèges, aussi modestes soient-ils. Est-ce une raison pour ne pas faire un peu de ménage ? Les petits avantages connus ne sont cependant que les arbres de la lisière qui masque la forêt des gros privilèges cachés. Le ménage doit donc se faire à la façon dont on balaye un escalier : en commençant par le haut. De même que le froid ressenti est plus vif quand souffle le vent, les inégalités sont d’autant plus ressenties quand sont remis en cause les privilèges des petits avant ceux des grands. 

Rhadamanthe