Penser le futur c'est déjà agir sur lui

Ils avaient déjà prévu le retour des grandes pandémies dans un de leurs précédents ouvrages. Jacques Carles et Michel Granger, ingénieurs de l'ENSC Montpellier et  Ph.D (Philosophiae doctor) de l'Université de Montréal, présentent aujourd'hui ce que sera demain dans leur nouveau livre "L'apogée, l'avenir en perspective".

La révolution technologique, qui se déroule sous nos yeux, va bouleverser nos modes de vie et refonder la civilisation humaine. L'ouvrage décrit les bouleversements auxquels la génération actuelle sera confrontée dans les années à venir et durant lesquelles le destin de l’humanité va se jouer. Au-delà d’une synthèse remarquable sur tous les changements en cours dans notre monde actuel, les auteurs incitent à la réflexion. Quelle société sommes-nous en train de construire? Quel futur ne voudrait-on pas? Quel avenir serait souhaitable?

 

"Ce livre résume de façon claire les enjeux actuels et les grandes mutations en cours. Les auteurs en déduisent une vision fascinante de l’humanité de demain"
Gaetano Amalfi
(Artiste plasticien, Suisse)

"Un essai de prospective écrit par deux franco-canadiens qui se lit comme un roman futuriste. Un livre comme je n'en avais pas lu depuis longtemps: le propos est visionnaire... voire prophétique. Une claque. A lire absolument".
Apolline Gagnon
(journaliste, Québec)

"Voici l'œuvre de "Docteurs es Sciences" (des Ph.D comme on dit en Amérique) dont on peut être très fiers : Jacques Carles et Michel Granger méritent pleinement cette appellation de PhD qui signifie "Docteurs en Philosophie". Ils en ont fait leur cheval de bataille pour l'intérêt et le plaisir des lecteurs."
Professeur Sandor Fliszar
(Université de Montréal, Canada)

 L'Apogée peut être commandé en ligne

Version papier:

Version numérique

   
 

Montpellier Méditerranée Métropole
Les auteurs seront présents à l'Espace Culturel E. Leclerc
Ecoparc Départemental de Saint-Aunès (RN 113)

 dédicace de l'ouvrage

évènement reporté en septembre

 

SYNOPSIS

L’humanité est aujourd’hui proche de la phase finale d’une longue évolution qui l’a fait passer du clan à la tribu, de la tribu au peuple, du peuple à l’État-nation, de l’État-nation à l’État continental, dernière étape avant le monde global. Riche de sa diversité génétique et culturelle acquise tout au long de son histoire, elle s’apprête à constituer désormais un tout sur une planète finie.

 Parallèlement la population mondiale est en passe d’atteindre des sommets. Cependant, sur tous les continents, l’inversion des tendances démographiques se prépare. Le tarissement des ressources naturelles, le retour des pandémie et les contraintes environnementales vont accélérer ce repli des effectifs humains dans des proportions que peu de personnes imaginent encore sur notre planète en voie de globalisation.

La richesse que représente la population actuelle est toutefois considérable. Au cours de ce siècle, la masse de la matière grise des cerveaux humains va dépasser les 15 millions de tonnes, 1 000 fois plus qu’à l’époque de l’invention de l’écriture. Avec ce formidable potentiel d’intelligence collective, de plus en plus connecté, l’espèce humaine acquiert de nouveaux pouvoirs et repousse de nombreuses limites. La connaissance et les savoirs sont devenues les ressources économiques qui nourrissent un développement de plus en plus immatériel.

La révolution technologique qui se déroule sous nos yeux va au-delà de la création de nouveaux outils. Elle conditionne de façon irréversible l’avenir de l’humanité et la représentation que l’homme a de lui-même. Elle prépare et rend possible le repli démographique des prochains siècles. Elle amorce une transition qui va modifier en profondeur l’économie, le travail, la famille et les rapports sociaux. Elle sera fondatrice d’une nouvelle civilisation humaine


 

Certains futurs lointains sont déjà prévisibles.

Dans 1 000 ans, l’étoile Gamma Cephei remplacera l’étoile polaire nord de la Terre à cause de la précession des équinoxes. Dans 13 000 ans, les pôles magnétiques terrestres s’inverseront. Dans 20 000 ans, Tchernobyl redeviendra enfin sans danger pour l’Homme. Dans 150 millions d’années, l’Amérique et l’Afrique se rapprocheront de nouveau. Enfin, dans 240 millions d’années, le Soleil aura accompli un tour complet de la galaxie par rapport à sa position actuelle et, dans 5 milliards d’années ayant épuisé ses réserves d’hydrogène, il deviendra une géante rouge.

 Prévoir le futur plus proche est par contre beaucoup plus difficile.

 Il y a 500 ans un génie comme Léonard de Vinci a pu entrevoir certaines des réalités d’aujourd’hui comme l’avion, l’hélicoptère, le sous-marin ou l’automobile.
Il n’avait malgré tout pas prévu la radio, l’Internet ou encore la bombe atomique.
L’histoire humaine n’est pas linéaire. Elle est jalonnée de ruptures qui se produisent de façon aléatoire dans le temps et dans toutes les directions.
Certains auteurs de science-fiction peuvent imaginer des technologies qui n’existent pas. Cela peut stimuler la créativité des chercheurs ou fournir des idées aux cinéastes qui mettent en scène certains scénarios du futur. Ces visions restent cependant une illusion sans une base scientifique sérieuse et sans une analyse des forces qui sont à l’œuvre pour façonner notre monde de demain. Pour cette raison, ce livre s’en tient aux signaux déjà tangibles qui annoncent en partie ce que sera demain. Il n’est donc pas une œuvre de science-fiction mais vise plus modestement à mettre en évidence la réalité d’une mutation de grande ampleur qui va modifier le cours de l’histoire humaine.
Identifier et comprendre les  nombreux changements en cours peut nous aider à dépasser le court terme pour prendre la juste mesure des enjeux et des défis à relever dans les prochaines décennies.

 
     

Erwan Deveze : Le pouvoir rend-il fou ?

En ces temps mouvementés face aux défis qui se dressent et les incertitudes quant à l’avenir, on peut légitimement se poser la question sur les motivations et les dispositions de ceux qui aspirent à diriger dans ces conditions. Erwan Deveze nous éclaire sur certains aspects de ces aspirants au pouvoir. Le titre, un brin provocateur ne correspond que partiellement au contenu du livre, riche en anecdotes, analyses et prospections. Erwan Deveze ponctue son texte de nombreuses références et citations, telle celle-ci :  « Boris Cyrulnik non loin de penser que tous les dirigeants politiques sont ou deviennent à terme des pervers narcissiques œuvrant dans un contexte de pathologie exacerbée ». Dans son ouvrage paru en 2008, In Sickness and in Power (dans la maladie et dans le pouvoir), David Owen avait défini le « syndrome d’hubris », la maladie du pouvoir dont les symptômes sont essentiellement la perte du sens des réalités, l’intolérance à la contradiction, des actions à l’emporte pièce, l’obsession de sa propre image, l’abus de pouvoir. Le sujet atteint de ce mal étrange manifeste du narcissisme, de l’arrogance, de la prétention, de l’égotisme, pratique la manipulation, le mensonge, le mépris. Il se caractérise aussi par un sentiment d’invulnérabilité, d’invincibilité, de toute puissance.
Dans tous les stades du pouvoir, la conquête, l’exercice et la perte, Erwan Deveze analyse les prédispositions génétiques spécifiques du leader en puissance, la nature de l’environnement favorable ou pas, ainsi que le niveau de détermination du sujet. Il ne se limite pas à examiner le seul domaine politique, mais ausculte aussi les autres lieux d’exercice du pouvoir dont principalement l’entreprise.
A la question qui lui était posée, quelle est la plus grande qualité d’un homme d’état, François Mitterrand avait répondu : « j’aimerais vous dire que c’est le courage, mais c’est l’indifférence ». Erwan Deveze ne fait évidemment pas preuve d’un tel cynisme dans son ouvrage. Il évoque par ailleurs des dirigeants qui ne sont pas exclusivement animés par une fêlure narcissique, mais qui veulent œuvrer pour l’intérêt général. Il ne fait pas non plus écho à cette autre déclaration de Mitterrand, « le pouvoir est un poison pour quiconque y goutte ». Il veut « proposer une nouvelle vision du leadership et du management bien plus en lien à la fois avec la réalité du fonctionnement de notre cerveau et avec le monde d’aujourd’hui ». Il décline cette proposition en six dimensions : la sensibilité à l’autre, la conscience de soi, l’attention, l’adaptation, la résilience et la pensée positive et rappelle cette citation de Michel Serres : « la véritable autorité est celle qui grandit l’autre... Désormais, la seule autorité qui veut s’imposer est fondée sur la compétence ».

Michel Puech

Tristan Cabral, le poète s'en est allé...

Nous avons appris le décès de Tristan Cabral dont nous connaissions l’état de santé bien affaibli. De son vrai nom Yann Houssin, il est l’auteur de nombreux ouvrages de poésies et de récits.
«Je suis né le 29 février 1944 dans une villa de la Ville d’Hiver d’Arcachon, en face du Casino mauresque : la villa Toledo, aux dentelles de bois et aux balcons d’argent. Dans un grand jardin, planté de cistes, d’arbousiers et de mimosas. Les villas les plus proches s’appelaient « Faust », « Meyerbeer », « Pereire » ou encore « Bremontier ». Sous l’occupation, c’était une maternité clandestine. En face, le casino servait pour les interrogatoires à la police politique de Reich. Ma mère s’appelait Juliette D. Mon père, Heinz R., un médecin militaire allemand. Elle était née à Orléans, lui à Cheminitz, devenu plus tard Karl-Marx-Stadt ! Au cours de l’été 1944, ma mère sera tondue dans une rue de Bordeaux...» Dans « Juliette ou le chemin des immortelles », paru en 2013, il ébauche une biographie et rend hommage à sa mère.
Après des études secondaires à Bergerac, il étudie à la faculté de théologie protestante de Montpellier. Il entreprend ensuite des études de philosophie, qu’il enseignera ensuite pendant trente ans au lycée Daudet à Nîmes. Quand il n’arpente pas le monde pour témoigner de sa violence, de ses injustices, mais aussi de la grandeur de certains humains qu’il admire, il demeure à Montpellier.
En 1974 il fait paraître son premier recueil « Ouvrez le feu » et ne cessera d’écrire et de publier. Ses derniers ouvrages : H.D.T. hospitalisation à la demande d'un tiers (le cherche midi, 2010), Le Cimetière de Sion: de Yad Vashem à Chatila-Gaza (L'Harmattan, 2010), Les chants de la sansouïre (Atelier N89, 2011) Dernier tango à Salta ; quand deux femmes s'aimaient dans l'Argentine de Videla (L'Harmattan, 2012), Juliette ou le chemin des immortelles (le cherche midi, 2013), Si vaste d'être seul (le cherche midi, 2013), Quand vient la mer (Sansouire, 2014), Requiem en Barcelon (Chemins de plume, 2014), La petite route (Chemins de plume, 2015), Poèmes à dire (Chemins de plume, 2019).
Poète de l’insoumission, de la révolte et de l’amour, il est aussi le poète du mal de vivre et d’une quête désespérée.

Michel Puech

« Un jour les oiseaux-feu quitteront mes paupières ;
alors dans mon cartable, il y aura du ciel,
alors mon corps aveugle s’habillera de lierre
et qu’on me couche alors dans un lit d’immortelles ! »

A lire sur le site DANGER POESIE "Quand j'étais de ce monde"

Audrey Marty : Le Destin Fabuleux de Jane Dieulafoy

«Jeanne Dieulafoy ne ressemble en rien aux jeunes filles de la bourgeoisie de son époque. La mode et la maîtrise des tâches ménagères ne sont pas vraiment de son goût...». C’est très jeune qu’elle peut se lancer dans ce à quoi elle aspire le plus, l’aventure. Le 11 mai 1870, Jane Magre, née à Toulouse, épouse à 18 ans Marcel Dieulafoy. Seulement deux mois plus tard, lorsqu’éclate le conflit franco-prussien, elle décide d’accompagner son mari qui s’engage en tant que capitaine du génie. Le commandant Vergne témoigne à son sujet : «cette femme, vraiment remarquable, a fait courageusement ce que peu de femmes ont fait. A 18 ans, venant de se marier, elle a voulu suivre son mari, partager les dangers et toutes les fatigues quand il le fallait, couchant dans la neige, restant à cheval la nuit et le jour...». C’est aussi au cours de cet épisode qu’elle prend pour habitude de revêtir des vêtements masculins et en particulier le pantalon qu’elle adopte définitivement. Elle obtient une autorisation spéciale pour déroger à la loi.

C’est ainsi que commence sa vie aventureuse, toujours aux côtés de son mari. Audrey Marty tombée sous le charme de cette personnalité exceptionnelle retrace leurs pérégrinations. Ayant pris goût aux voyages, ils embarquent pour la Turquie, ensuite pour la Géorgie d’où ils entament «une chevauchée fantastique de plusieurs milliers de kilomètres». «Après quatorze mois d’absence, cent quarante étapes, près de six mille kilomètres parcourus à cheval et plusieurs kilos en moins, Jeanne et Marcel sont donc de retour en France. Ils rentrent exténués, amaigris, malades...». Après avoir brièvement replongé dans la vie ordinaire, Marcel Dieulafoy obtient la direction d’une mission archéologique en Perse. Ils embarquent le 17 décembre 1884. La mission s’achève en juillet 1886 et permet d’enrichir le Louvre de «trésors artistiques et archéologiques d’une grande valeur.

Jane poursuit ses activités d’écriture, publiant une dizaine d’ouvrages, d’engagement dans ses combats féministes, de conférences très appréciées. A sa mort le 25 mai 1916 elle jouit d’une grande notoriété. Ainsi le New-York Times lui rend hommage : «Madame Dieulafoy, auteur, exploratrice, chevalier de la légion d’Honneur, et possédant le privilège unique, accordé par le Gouvernement Français, de porter un vêtement masculin, est morte. Durant les les soixante cinq ans de son existence, Madame Dieulafoy a vécu de nombreuses expériences qui lui ont valu d’être la femme la plus remarquable de France et peut-être même de toute l’Europe». C’est ce destin fabuleux que nous relate avec passion et admiration Audrey Marty.  
Michel Puech
Audrey Marty Le destin fabuleux de Jane Dieulafoy, de Toulouse à Persépolis, l’aventure au féminin. Editions Le Papillon Rouge

histoires inouïes en Occitanie aux éditions Le Papillon Rouge

Occitanie, terre tranquille de soleil et de farniente, de ciel bleu et de silence troué de vols d’hirondelles et de de chants de cigales ...? Santiago Mendietat et Hubert Delobette mettent un bémol à ces images d’Epinal. L’Occitanie fut aussi le théâtre de faits qu’ils qualifient d’»inouïs». Cette collecte d’évènements plus ou moins connus mais toujours étonnants, étranges ou prodigieux a été entreprise par ces deux auteurs pour une publication aux éditions Le Papillon Rouge. Des récits courts relatent des faits qui à différentes époques ont marqué profondément quelques lieux en Occitanie. A Lunas, un bras de fer entre l’évêché, le Vatican et quelques prêtres réfractaires a eu des répercutions sévères sur quelques protagonistes. A Montauban, les obsèques, le 5 novembre 1940, du dernier président élu de la Deuxième République Espagnole, don Manuel Azana Diaz, rassembla une foule gigantesque, pour la plupart des réfugiés espagnols arborant les couleurs républicaines. Le défilé s’étira sur près de deux kilomètres. A Sète débuta le dix juillet 1947 le périple «fou» de l’Exodus. Alès connu le 11 octobre 1831 une catastrophe minière particulièrement meurtrière qui inspira, plus de quinze plus tard, Emile Zola pour «Germinal». Trente récits nous font découvrir des pans mal connus, voire ignorés de l’histoire de notre région. «Inouïes», le terme est particulièrement bien choisi pour désigner ces histoires authentiques dont certaines, comme le vent de folie qui frappa Pont Saint Esprit et ses habitants en 1951, ne furent jamais tout à fait expliquées ou élucidées. Trente histoires étonnantes à connaître et parfois méditer.

Michel Puech

Captivus de Yves Desmazes aux éditions Le Papillon Rouge

La situation particulière créée par la pandémie met en difficulté un certain nombre de secteurs. L’absence de salons, des foires et de toutes les manifestations liées au livre atteint particulièrement le secteur de l’édition. Alice Dorques et Hubert Delobette, avec passion et obstination, n’en poursuivent pas moins leur travail d’édition sous le sigle du Papillon Rouge, dont le siège est à Villeveyrac. Ils nous proposent à présent plusieurs nouveautés dont «Captivus» de Yves Desmazes. Auteur d’une douzaine d’ouvrages déjà parus, Yves Desmazes nous invite à découvrir un personnage originaire de notre région : Guillaume de Nogaret (1282-1313). Né en Haute Garonne, de Nogaret étudie puis professe le droit à Montpellier. Grace à ses activités de conseil juridique il a l’occasion de rentrer en contact avec le roi auprès duquel il devient «juge-mage». A partir de 1295 il devient conseiller du roi et ses responsabilités s’accroissent au cours des ans et des affaires. En 1295 le roi Philippe le Bel est confronté à une grave crise financière. Pour y faire face il prend plusieurs mesures : il prive les Templiers de la garde du trésor royal qui est transféré au Louvre, il fait frapper de la monnaie contenant moins d’or - ce qui lui vaudra le surnom de roi faux-monnayeur, et il taxe les biens de l’Eglise.
Le rôle de Guillaume de Nogaret dans les charges menées contre les Templiers est bien connu : arrestation des Templiers, destruction du Temple et confiscation des biens. Mais son rôle dans l’opposition de la royauté à la papauté, de Philippe le Bel à Boniface VIII est moins évident bien que crucial dans la lutte pour la suprématie entre le pouvoir royal et le pouvoir papal.
C’est cet épisode de l’Histoire que nous conte Yves Desmazes, depuis le réquisitoire de Nogaret contre le pape qu’il accuse des motifs les plus infamants, jusqu’à l’arrestation de Boniface VIII  à Agnani en Italie. Yves Desmazes met en scène Thibaud de Cornilhac, jeune secrétaire particulier de Nogaret que nous suivons dans ces péripéties de lutte pour le pouvoir. Mené de façon alerte, le récit met en exergue la dimension du personnage de Nogaret et son implication dans ces faits historiques. Un récit passionnant.
Michel Puech

Giono dans la Pleiade, une nouvelle anthologie

Les oeuvres complètes de Jean Giono avaient déjà été publiées par la Pleiade en huit volumes, mais une nouvelle édition propose une anthologie composée de dix titres choisis dans la somme imposante et diverse de sa longue vie d’écrivain prolixe. André Gide disait que lire Giono c’est se laisser «emporter comme un fétu dans un puissant souffle». C’est de toute évidence embarquer pour un voyage au long cours dans d’étranges contrées peuplées de personnages forts en personnalité et en originalité. C’est se laisser envouter par une imagination puissante et un style unique, poétique et aventureux. Ainsi, cinquante ans après sa disparition la nature profonde de cet écrivain vient avec évidence briser cette fausse réputation de régionaliste. Si le cadre de ses écrits est bien celui de son lieu de vie choisi et vénéré, la nature y est violente  et les éléments s’y entrechoquent. Les forêts inquiétantes, les eaux tumultueuses, les nuages menaçant forgent chez la plupart des personnages des caractères rudes et puissants. Féru d’histoire, Giono nous fait aussi voyager dans le temps. La description de Manosque et la Provence au temps du choléra nous laisse entrevoir la cruauté d’une pandémie qui nous laisse atténuer ce covid 19 qui nous accable. C’est bien une oeuvre rare que nous a laissé Giono loin des poncifs provençaux de Pagnol et compagnie.
Michel Puech
«Ils étaient seuls maintenant sur la route. Des vols de feuilles mortes passaient dans la pluie. Les bois se décharnaient. De grands chênes vernis d’eau émergeaient de l’averse avec leurs énormes mains noires crispées dans la pluie. Le souffle feutré des forêts de mélèzes, le chant grave des sapinières dont le moindre vent émouvait les sombres corridors, le hoquet des sources nouvelles qui crevaient au milieu des pâtures, les ruisseaux qui léchaient les herbes à gros lapements de langue, le grincement des arbres malades déjà nus et qui se fendaient lentement, le sourd bourdon du gros fleuve qui s’engraissait en bas dans les ténèbres de la vallée, tout parlait de désert et de solitude. La pluie était solide et pesante.
Un épervier passa. Il baissait son vol comme pour essayer de passer sous la pluie. Il rasait l’herbe et il remontait en criant.» (Le Chant du Monde extrait)

L'homme qui plantait des arbres, texte de Jean Giono dit par Philippe Noiret

L’avenir du livre numérique

Image : Myriam Zilles (Pixabay)

Au niveau mondial le livre digital représente environ 15% du marché total du livre avec de grandes disparités selon les pays. Les plus dynamiques (Chine, Canada, USA, Suède) sont aux alentours de 25% ;  entre 15 et 20% on trouve notamment la Corée, l’Australie, la Norvège les Pays-Bas et le Japon ; entre 10 et 15%, figurent des pays aussi divers que l’Allemagne, le Brésil, l’Italie, la Belgique, la Russie ou encore l’Algérie. La France, avec une part de marché officielle du digital de 8%, se retrouve à un niveau comparable à celui enregistré dans les pays en développement comme le Sénégal ou l’Afrique du Sud (1).
Ces chiffres doivent malgré tout être pris avec beaucoup de précautions. La collecte et les méthodes de traitement des données sont très variables d’un pays à l’autre, au point, pour certains pays, de donner une vision totalement erronée de la situation réelle du livre numérique. Le cas de la France est caricatural à cet égard.
Le marché français du livre est très concentré et contrôlé de façon quasi monopolistique par 5 groupes d’édition dont la finalité première n’est pas le développement du livre numérique : Hachette, Editis, Madrigall, La Martinière et Albin Michel. Le Syndicat National des Éditeurs, qui reflète cette concentration du monde de l’édition, est l’organisme qui fournit les statistiques officielles du secteur.
Le taux de pénétration du numérique est alors calculé en ramenant le chiffre d’affaires des ebooks publiés et vendus par les éditeurs affiliés au chiffre d’affaires total de l’ensemble des livres vendus, tous support confondus, y compris le livre-audio, les publications institutionnelles, les livres éducatifs, , les livres pour enfants, les bandes-dessinées, etc.
Les livres numériques des petits éditeurs, des indépendants et des auteurs qui s’autoéditent ne sont pas pris en compte or ces éditions alternatives sont en plein essor.
Le prix d’un ebook est par ailleurs très différent de celui d’un livre imprimé puisqu’il ne supporte pas certains coûts importants (impression, stockage, transport). De plus la caractéristique des produits immatériels est que le coût de production d’une unité supplémentaire, le coût marginal, est pratiquement nul. Les coûts de production du numérique sont essentiellement des frais fixes. Ainsi que l’illustrait Serge Soudoplatoff, dans une conférence à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, quand on partage un bien matériel il se divise : si on prend une pizza et qu’on la divise en quatre chacun a un quart de pizza ; quand on partage un bien immatériel il se multiplie : si on prend un fichier pdf, epub ou mp3 et qu’on l’envoie à dix personnes qui eux mêmes l’envoient à dix amis, tous les destinataires ont un fichier entier. Il s’ensuit de nouveaux modèles économiques où les prix des produits et services immatériels baissent rapidement avec le volume. C’est particulièrement vrai pour les livres numériques dont le développement peut conduire jusqu’à la quasi gratuité pour certains ouvrages dont les frais fixes sont couverts depuis longtemps.
Le taux de pénétration réel du numérique doit donc s’apprécier à partir du nombre de livres diffusés et non pas du chiffre d’affaires. Les données manquent pour calculer un taux de pénétration précis mais si on en croit une étude récente de l’IPSOS, 24 % des Français ont lu un livre numérique en 2019, ce taux monte à 47% pour les 15-24 ans. Ces chiffres sont à rapprocher des données publiées par The Bookseller le magazine international de référence de l’édition qui estimait, au 31 janvier 2020, que la que le taux de pénétration du livre numérique est à présent de 36%. sur la base du nombre d’unités vendues.
Des études plus fines montrent que le taux de pénétration du livre numérique est également très variable selon les catégories de livres. Dans le segment professionnel et universitaire (sciences humaines et sociales, sciences et techniques, médecine, gestion, etc.) la part du numérique peut dépasser les 60% voire approcher les 100% dans certaines niches.

L’essor de l’impression à la demande, associé à l’essor du numérique, bouleverse aussi les pratiques. Aux États-Unis, de grands auteurs commencent à se passer des intermédiaires que sont les maisons d’édition. Ils ne gardent au mieux que des agents littéraires ou s’abonnent à des services de diffusion.
Les grands éditeurs perdent le monopole de la qualité et leur capacité à étonner en dénichant de nouveaux talents s’émousse.

Le simple fait d’entrer dans une librairie procure souvent déjà du plaisir. Le libraire, généralement compétent, offre la possibilité d’un conseil personnalisé. C’est appréciable quand on ne sait pas exactement ce que l’on cherche et plus agréable que l’écran d’un site de vente en ligne. La recommandation du libraire est malgré tout souvent limité à son stock dont les choix sont dictés par ses goûts mais aussi par des contraintes économiques : il privilégie ce qui se vend. On ne peut pas lui reprocher. Dans ces conditions, le numérique ne peut que progresser.

L’achat de livres numériques se fait alors essentiellement sur l’internet via les sites de grandes surfaces spécialisées et les grandes les plateformes généralistes (FNAC, Amazon, Rakuten, etc.). A noter enfin que le prêt du livre numérique se développe également: un lecteur numérique sur 5 emprunte un ebook en bibliothèque. En France selon une enquête menée par Opinion Way en 2019 (2) , 39 % des lecteurs actuels de livres numériques ne l’étaient pas il y a encore un an. Les lecteurs de livres numériques sont par ailleurs souvent de grands lecteurs : 16% lisent plus de 20 livres numériques par an, 31% lisent aussi plus de 20 livres imprimés par an et 19% écoutent plus de 20 livres audio par an. Ces chiffres montrent, qu’entre les tenants du numérique et les tenants du papier, la coupure n’est donc pas aussi nette qu’on le pensait. Il y a davantage une complémentarité des formats de lecture qu’une opposition.
Il fut un temps où la situation était similaire pour la photographie entre les partisans du numérique et les partisans de l’argentique. Autre parallèle avec la photographie, le numérique pousse à la consommation : les adeptes du livre digital ont tendance à lire plus qu’avant. Par contre ils dépensent globalement moins même si beaucoup d’entre eux achètent aussi en complément la version imprimée de l’ebook.
Contrairement aux idées reçus le livre numérique n’est donc pas du tout marginal, il est au contraire bouillonnant de créativité et connaît une progression de ses ventes supérieure à 5% l’an. La réalité c’est que ce sont les parts de marché des grands éditeurs qui déclinent.
La crise sanitaire du Covid-19 est même en train d’accélérer le phénomène. Dans la plupart des pays, les librairies ne sont pas considérées comme des commerces essentiels et sont fermées. Certaines, ne s’en relèveront pas. Pourtant la demande de lecture n’a jamais été aussi forte avec le confinement de centaines de millions de personnes dans le monde qui retrouvent du temps pour lire. Les ventes en ligne prennent le relai mais déjà plusieurs titres en vogue sont en rupture de stock pour la version papier. L’internaute n’a alors guère d’autre choix que d’acheter un ebook. La logistique des vendeurs en ligne est également très perturbée et dans certains pays comme en France les plateformes ont interdiction de livrer les produits qui ne sont pas de première nécessité. D’autres habitudes se prennent, le livre audio n’a jamais été aussi populaire et les ventes de livres numériques explosent.
Qu’on le veuille ou non, la conséquence de cette crise est qu’elle va favoriser le développement du livre numérique et probablement encore renforcer Amazon qui détient au plan mondial déjà quelque 70% du marché des ebooks.

Article publié conjointement avec Futuroscopie.org

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(1) Source : statista.com (estimation 2020)
(2) 9ème baromètre sur les usages du livre numérique présenté le 19 mars 2019 par la Sofia (Société Française des Auteurs de l’Ecrit), le SNE (Syndicat national de l’édition) et la SGDL (Société des Gens de Lettres)

Juliette Peuplier : une entrée remarquée dans le monde littéraire

Trois ans de prépa j'ai survécu: Récit (presque) imaginaire
Juliette Peuplier

 Juliette est jeune, gaie, vivante, pas trop moche et pas si bête. Est-elle trop naïve ? Est-ce pour cela que tous autour d’elle s’acharnent à lui pourrir la vie ?
Trois ans de prépa, j’ai survécu retrace avec dérision les déboires de Juliette dans le labyrinthe ô combien sélectif et impitoyable des classes préparatoires aux grandes écoles.
Polyptyque acerbe et sarcastique dépeignant des milieux très différents – du prestigieux lycée public au lycée privé confessionnel en passant par une zone d’éducation prioritaire en milieu difficile –, Juliette découvre avec quelques déconvenues toutes les facettes d’un système éducatif unique, un lieu de formation... et de privilèges. On rit beaucoup, on pleure un peu : Juliette saura-t-elle s’en sortir ?
L’auteure a réussi à faire du récit d’un parcours austère et exigeant une épopée moderne et drôle, égratignant au passage quelques idées reçues sur les études supérieures dites sélectives.
À lire et relire, pour se consoler et pour rire !Juliette Peuplier, née en 1990 à Paris, diplômée d’une grande école de commerce, débute sa carrière à l’étranger et publie ce premier roman à 29 ans.

L'auteure :
Juliette Peuplier, née en 1990 à Paris, diplômée d'une grande école de commerce, débute sa carrière à l'étranger et publie son premier roman.

Sylvie Dedet : Les Haïkus de mon Moulin


Dans la préface de ce recueil de poèmes, Dominique Barrau écrit: «Sans qu’elle l’ait prémédité, le regard de Sylvie Dedet va droit au petit détail signifiant - et le magnifie en un clin de mot, le mot juste qui le pose tout vivant sur la page»
Sylvie Dedet, artiste peintre, exposant depuis déjà quelques années dans la région et ailleurs, est installée à Cournonterral. «Ce recueil de haïkus, illustré de peintures et de collages, est le fruit d’un besoin de récréation dans la pratique somme toute contraignante de la peinture à l’huile».
Elle ajoute : «pour que l’image ou le haïku soit vivant, il ne doit être soumis à rien. L’illustration n’a pas été créée pour le petit poème, ni l’inverse. Tous deux ont simplement été rapprochés, produisant un léger décalage qui m’est cher, car l’imaginaire du lecteur peut s’y faufiler.»

A travers formes, couleurs et mots, ce sont quelques instants d’éternité qui s’égrènent au fil des saisons. Les animaux, les insectes, les fleurs et les arbres y remplissent l’espace par leur présence parfois étrange ou déconcertante, témoins d’une vigilante observation et d’une sereine sensibilité. Sylvie Dedet nous propose, avec ce livre à la mise page agréable et à l’impression soignée, un plaisir pour les yeux et une pause pour l’esprit.
Michel Puech

Paru tout récemment en autoédition, imprimé par l’ESAT Peyreficade de Villeneuve lès Maguelone, le livre est en vente chez Graphilux - 4 Boulevard de la Perruque, 34000 Montpellier - 04 67 22 27 14

Christian Bobin : Pierre,

Pierre,
Auteur : Christian Bobin
Editions : Gallimard
Parution : 3 octobre 2019

Etrange rencontre que celle de Christian Bobin et de Pierre Soulages. D’ailleurs nous n’assistons pas à la rencontre, le récit se terminant au portail de la demeure du «Monsieur tout noir du Mont Saint Clair». Leur domaine même sont à l’opposé. A l’étendue, la platitude, le calme du Creuzot où vit Bobin, répond la concentration, le pittoresque, l’agitation du Mont Saint Clair. La prestance du vénéré maître du «rayonnement français», prince de tous les superlatifs, l’âge canonique, le prix vertigineux de ses oeuvres, la taille monumentale de ses peintures... parait même en opposition avec la modestie, la sobriété de son style, l’effacement volontaire de l’ascète creusotin. Christian Bobin dit adorer la neige, comme pour accentuer encore cette opposition. «Je me moque de la peinture» ajoute-t-il encore.
Ce n’est pas vers le Soulages adulé par les courtisans en tous genres que le mène ce voyage nocturne, qui plus est le 24 décembre, c’est vers Pierre comme l’indique le titre, assorti d’une virgule, comme pour proposer une pause après l’interpellation amicale. Bobin n’aime pas les voyages, mais il avoue avoir «pris le train comme on entre en religion». Il aime avant tout la solitude qu’il n’a jamais cherché à rompre. Mais c’est avec ses fantômes qu’il entreprend ce trajet. Avec Dhôtel, avec Kafka, qu’il a choisis comme compagnons, le souvenir de ses chers disparus, son père en tête, dont il sent encore la puissante présence. Et l’on pressent alors ce qui lie Bobin à Soulages, c’est la nuit, le silence, la solitude, et toute proche, la mort. «Tes peintures ne sont pas des peintures mais des gardes de la nuit que nous portons dans le coeur. Sa vérité est fille du silence.» Il va aussi vers lui pour lui «parler de poésie», car «elle est, pour aller vite, le noir du langage sur lequel passent les griffes de la lumière».
«Pierre,» est l’histoire de ce livre qui correspond à la définition qu’il nous propose : «je comprends ce qu’est un vrai livre : quelqu’un qui nous sort de l’évanouissement dans le monde et ses modes et nous ramène à nous-mêmes. Nul besoin d’oeuvres complètes. Une parole suffit». Déclaration qui fait étrangement écho à Antonin Artaud qui écrivait : «Je voudrais faire un Livre qui dérange les hommes, qui soit comme une porte ouverte et qui les mène où ils n’auraient jamais consenti à aller, une porte simplement abouchée avec la réalité.»
Michel Puech